Vivatech vient de fermer ses portes, l’occasion de revenir sur la couverture médiatique et politique autour de l’événement. Un événement marqué par l’intelligence artificielle, la souveraineté et les politiques qui se placent en amont de la présidentielle.
Les enseignements :
- Vivatech reste un événement international, mais la couverture anglophone y est insuffisamment développée. Essentiellement un rendez-vous physique où les gens se rencontrent et où, dans le petit écosystème, chacun présente ses nouveautés et sa marque.
- X reste l’endroit de discussion tech et événementiel par excellence. Si des podcasts et des vidéos YouTube ont été réalisés autour de l’événement, cela reste limité. Ce sont surtout les sponsors qui communiquent sur les réseaux sociaux. Dans la presse, la couverture médiatique est pléthorique.
- Les organisations ont laissé tomber les partenaires d’influenceurs spécialisés dans les niches pour s’orienter vers des logiques plus grand public, en s’associant à de gros faiseurs d’audience (Hugo Décrypte, Brut, etc.). Avec à la clé une large couverture et des milliers de vues. Au final, Vivatech agit davantage comme une marque à laquelle les autres s’associent qu’un énorme booster de la visibilité autour de la technologie. Les milieux plus confidentiels sont insuffisamment couverts.
- Politiquement, l’extrême droite s’est montrée active, Emmanuel Macron en a profité quelques jours après Choose France, pour asseoir son statut de président tourné vers la technologie et l’international. Même Jean-Luc Mélenchon est venu souligner l’importance de la souveraineté tout en critiquant la startup nation et ses élites.
Au final, Vivatech restera un événement qui fixe la saisonnalité pour aller parler d’innovation. Il permet aussi de capter l’air du temps des enjeux technologiques, où l’on voit que les enjeux d’énergie, d’intelligence artificielle et de souveraineté (dans un contexte de bannissement de Fable 5) restent importants.
Une année (encore) marquée par l’IA et la souveraineté européenne
Les principaux sujets de conversation ont bien évidemment été l’IA, la géopolitique générale et la souveraineté, notamment à propos de l’événement à propos de la suppression de Fable en raison de l’administration américaine.

En dehors de ça, notons toutes les discussions sur l’énergie. Dans la mesure où le besoin d’énergie pour le compute augmente, l’énergie devient un sujet clé.
Ce qui est paradoxal, c’est qu’on se retrouve entre différents groupes antagonistes, entre les promoteurs de l’intelligence artificielle qui veulent plus d’énergie et qui se disent que la France est un pays décarboné et donc un pays où il ferait bon vivre d’aller implanter des data centers et autres vu la force d’énergie, alors que les antagonistes de leur côté attaquent en fait une utilisation de l’énergie au profit des riches en déclassement et une énergie qui va contribuer au réchauffement climatique.
Le paradoxe est instructif. Les voix critiques disposent d’audiences colossales (Le Pen : 3 millions d’abonnés, Mélenchon : 2,7 millions, Mediapart : 2,8 millions), mais génèrent très peu d’engagement sur VivaTech (6 000 interactions à elles toutes). Capacité de nuisance potentielle élevée, activation réelle quasi nulle.
D’ailleurs, fait politique notable, même les opposants se sont déplacés et ont joué le jeu : Mélenchon est venu filmer un vlog et plaider la « souveraineté technologique », Le Pen est venue « en soutien de la France qui innove ».
La critique frontale n’est donc pas venue des partis, mais des ONG et médias d’enquête (Attac, Amnesty, La Quadrature du Net, Reporterre, Extinction Rebellion, Blast), restés à la marge du volume.
Il n’y a pas trop de communautés bizarres engagées. Notons que l’extrême droite est bien présente et voulait être présente autour de l’enjeu de l’IA qu’elle a clairement coché dans son agenda.
X reste le principal réseau
LinkedIn est intéressant pour les partenariats et les influenceurs, mais il n’y a pas de dynamique communautaire en dehors des organisations, et l’architecture du réseau est encore trop peu connectée pour que le réseau supplante X comme réseau d’influence.
Rien n’a fondamentalement changé

- Sur LinkedIn émergent principalement des grandes organisations, VivaTech ainsi qu’Emmanuel Macron. Dans des discours autour de VivaTech on retrouve ainsi Nicolas Hieronimus, CEO de L’Oréal, ainsi que L’Oréal lui-même à prendre position dans la même chose que Christelle Eidemann d’Orange, Patrick Pouyanne ou Aiman Ezzat. C’est donc principalement toujours un endroit corporate.
- Sur Instagram, tout est rempli d’Inde avec du Orange également fortement présent et des publications de nombreux politiques venant montrer leur visite sur les salons (Macron, Knaffo, etc.) g
- Sur TikTok, peu de publications, mais des publications avec plus d’un million de vues (sans doute sponsorisées), ce qui est vraiment énorme.
- Sur X, c’est un agrégat général de publications des personnes.
Sur les matinales et dans les podcasts, la couverture reste encore assez faible : (malgré une couverture Youtube assez forte)

Au final, ce mix se retrouve dans le top 3 des publications :
Quels résultats pour les sponsors ?
Les comptes corporates abusent dans leurs activités en termes de publications pour les classements avec peu de valeurs et un angle uniquement quantitatifs. Quand on publie 900 publications en une semaine sur un événément, peut-on encore parler de qualité ?
Cette année, encore pas mal d’activités de la part des acteurs, qui ont aussi bien réussi à obtenir des paroles d’autres, qu’ils soient influenceurs ou non, remunéré ou pas. Les acteurs US sont très peu actifs ce qui confirment la faible couverture autour des USA (à peine une dizaine de milliers de publications)

Les influenceurs, une bonne pioche ?
- Les influenceurs Vivatech sont un gâchis d’argent total. Mass following, ultra publishing (certains influenceurs sont capables de dégainer plus de 200 tweets en 4 jours sur une seule marque), absence de qualité : ces influenceurs sont utilisés pour booster les classements officiels dont les chiffres d’impressions sont faux, les chiffres d’engagement par l’ultrapublishing et l’entre-soi sont faux : bref, il est temps d’objectiver les rapports avec de vrais KPIs.
Cette année, Hugo Décrypte a fait obtenir plein de visibilité pour Orange de la même manière que Killian & Mae ont généré 59 359 interactions. Ils ont donc utilisé davantage d’influenceurs grand public.
Portée nationale ou internationale ?
Parmi près de 112 000 publications sur les réseaux sociaux liées à VivaTech 2026, une grande partie mentionnait Narendra Modi. Les Indiens, champions du soft power sur les réseaux sociaux, disposant de réseaux de propagande assez forts, sont dès lors à la fête que ce soit sur Instagram ou sur X.

Même si on peut dire que la couverture anglophone reste encore faible, cela reste un des événéments les plus internationaux se déroulant en France.
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