Saper Vedere

PARTAGER

Social Impact Score : comment intégrer les lobbies dans sa stratégie ?

Date de publication
Catégorie

Jeudi passé, nous avons analysé le deuxième volet de notre Social Impact Score en voyant ce que suivaient les lobbies pour voir quels entreprises ou dirigeants pouvaient émerger et comment ils sont structurés. Et sincèrement, on a surtout vu un entre-soi, peu d’opportunités sur les organisations ou les dirigeants. On est resté sur notre faim sur un écosystème très stable, très en entre-soi et qui finalement n’évolue plus faute d’idées, de militances et autres. On est loin de l’arrivée des réseaux sociaux.

I. Le résumé

•  Des lobbies qui gagnent en structuration mais peinent encore à émerger en coalitions. Ils manquent d’interconnexions, sont repliés sur leur secteur. À force de courir d’un sujet à l’autre, ils ne prennent pas le temps de se déployer comme le font les réseaux militants pour orchestrer des réponses rapides.

•  Malgré une ascension notable, Bluesky est encore loin d’égaler X quand il s’agit de connecter avec la société civile. En revanche, LinkedIn s’impose de plus en plus comme un réseau de référence dans le domaine du lobbying.

• Aucun dirigeant ne parvient à capter l’attention de la société civile.  Cela dit en ont-ils l’ambition, le besoin et est-ce réellement possible ? Les conditions ne semblent pas réunies pour y arriver.

Tiktok, une terre de conquête sous-exploitée, avec des enjeux de veille, d’appel à l’action et de discours, surtout auprès du grand public.

Au final, si on doit répondre à comment toucher les lobbies sur les réseaux sociaux, on dira qu’ils sont dans un microcosme et qu’il sera dur de les déloger de là. Ils se rendront compte dans les prochains mois de cela. Seul Tik Tok nous a vraiment intéressé dans l’intention des lobbies de capter une audience citoyenne grâce à l’algorithme très fort de ce réseau.

I. L’écosystème des lobbies

Pour ceux qui ne connaissent pas nos cartographies, ce que vous voyez ici, c’est ce que likent ou suivent les 3 500 représentants d’intérêt inscrits à la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique qui constituent notre liste de départ.

La communauté la plus importante, c’est celle des acteurs économiques. On y retrouve des médias, des dirigeants et des lobbies. Elle est très bien connectée à tous les autres groupes, plutôt orientée droite traditionnelle. Côté institutions : le ministère de l’Économie, BPI France, le ministère du Travail. Côté lobbies : la French Tech, le MEDEF, l’Institut Montaigne. Cette communauté est majoritairement présente sur X et LinkedIn, les deux réseaux business par excellence.

Deuxième communauté, celle des acteurs progressistes et écologistes. Très importante aussi, à peu près de la même taille que celle des acteurs économiques, elle vient contrebalancer politiquement à gauche l’écosystème. Médias et personnalités plutôt socialistes et écologistes (Hidalgo, Hollande, Hulot, Duflot). Côté lobbies, des ONG comme Greenpeace, Reporters, Oxfam, plutôt sur des enjeux climatiques ou de justice sociale. Cette communauté est présente sur X et LinkedIn comme la précédente, mais aussi sur Instagram et Bluesky, ce qui témoigne d’une ouverture un peu plus importante vers le grand public et d’un prisme un peu plus à gauche et académique.

Viennent ensuite les institutions de pouvoir (la communauté en jaune sur la carto). Celle du gouvernement, du pouvoir national mais aussi local, avec un prisme territorial et transition écologique. L’ADEME et le ministère de l’Écologie y sont très bien placés.

Plus à l’écart, les institutions sociales. Celles considérées comme un peu plus sociales (santé, éducation), traitées sur X et LinkedIn mais aussi Instagram, parce qu’il y a des liens un peu plus forts avec le grand public, notamment du côté des ONG avec la Fondation pour le Logement ou la Croix-Rouge.

L’agriculture et l’agroalimentaire a un prisme assez institutionnel aussi, parce qu’elle est très bien connectée avec les communautés de pouvoir. Elle fait vraiment le lien entre les politiques (à cheval avec la communauté jaune) et la société civile (de par sa position un peu à l’écart). Les manifestations chez les agriculteurs sont fréquentes, ce qui montre bien sa capacité à s’organiser en secteur et en coalition.

La communauté LinkedIn est vraiment positionnée à l’écart par rapport au reste. Ça s’explique parce qu’il y a certains acteurs qu’on retrouve quasi exclusivement sur ce réseau et qu’on va suivre exprès pour leur expertise. Ils sont donc un peu moins reliés au reste.

Dernière petite communauté, celle du sport. Collée à la fois aux enjeux économiques et aux institutions sociales, elle est vraiment à part et un peu dans sa bulle. Assez structurée, mais repliée sur elle-même. On y est sur des sujets très institutionnels : Paris 2024, le ministère des Sports, Tony Estanguet, Amélie Oudéa-Castera.

Au global, on est dans un écosystème très institutionnel, assez traditionnel et plutôt immobile, où les coalitions sectorielles ont du mal à émerger et restent assez repliées sur elles-mêmes.

Pour avoir un peu plus de granularité, on est allés voir secteur par secteur, acteur par acteur, dans quelle communauté se situent les différents représentants d’intérêt. L’intérêt, c’était de voir si les secteurs étaient bien structurés et capables de créer des coalitions pour peser dans les débats et sur les réglementations.

Le résultat : les lobbies sont assez traditionnels et inégalement structurés selon les secteurs. C’était déjà le cas l’année dernière, et on observe une légère hausse par rapport à 2025. Ça peut s’expliquer par le fait qu’on s’est un peu plus focalisés sur la France en tant que telle cette année, avec un maillage plus fin au niveau des représentants locaux et une meilleure structuration.

On voit qu’il y a beaucoup de secteurs dont la communauté est construite autour des institutions : le logement, l’énergie, la santé, le transport. Ils ne sont pas forcément au mauvais endroit pour toucher les politiques. Mais comme ils sont beaucoup moins nombreux que les personnes qu’ils cherchent à convaincre, ils se retrouvent relativement noyés dans la masse sur les réseaux sociaux. Leurs voix ont tendance à peine ressortir et à être peu visibles.

La seule qui pèse vraiment sur l’écosystème, et c’est assez incontestable, c’est l’agriculture. Il y a une forte proximité avec le gouvernement, à tel point que certains membres du gouvernement ou politiques sont rattachés directement à cette communauté par leurs liens. Elle est vraiment très importante en taille, et c’est la seule à être structurée en coalition.

Au niveau des évolutions par rapport à l’année dernière, on a noté que la tech a pris du poids et qu’elle est mieux structurée, probablement autour des enjeux liés à l’IA, qui ont pris du poids ces derniers mois. En revanche, la finance est un peu moins visible. Ça peut aussi s’expliquer parce qu’on a mis moins d’entreprises dans la liste de départ, et donc mécaniquement c’est une communauté qui a perdu en visibilité et en structuration.

Ce qu’on peut conclure de ce tableau, c’est que les lobbies n’arrivent pas vraiment à former des coalitions sectorielles. En fait, ils veulent être des partenaires des institutions, plutôt que des alliés utiles ou des antagonistes gênants du pouvoir politique. Et comme ils ne sont ni assez structurés ni assez militants, contrairement par exemple aux ONG qui sont bien plus structurées, ils peinent globalement à être réactifs et efficaces pour défendre leurs intérêts.

Avec la French tech, on note une percée notable, portée par le dynamisme autour des enjeux IA et confirmée par une stratégie de communication visiblement plus poussée ces derniers mois.

Le MEDEF est juste derrière, et c’est mécanique : il porte la voix de toutes les entreprises, donc il est largement suivi par les lobbies. Mais sa nature même (représenter le plus large possible) le rend peu mobilisable sur un sujet sectoriel précis. C’est un poids de référence, pas un allié tactique.

Pour le reste, on retrouve une majorité d’ONG environnementales et de justice sociale (Greenpeace, Oxfam, Fondation pour la Nature et l’Homme, WWF, Emmaüs, Médecins du Monde, Réseau Action Climat, France Nature Environnement, Croix-Rouge). Pas vraiment une surprise. Ces ONG sont historiquement bien structurées, médiatiquement installées, et elles ont un ADN social média naturellement fort. Elles savent mobiliser le grand public, et ça leur donne un poids disproportionné par rapport à un lobby pro classique.

Très peu de think tanks dans ce top 15 : seulement l’Institut Montaigne et Terra Nova, chacun représentant l’une des deux polarités politiques. Et des absents qui interpellent : ni la santé, ni le transport ne figurent dans le top 15. Pour des entreprises dans ces secteurs, c’est une information stratégique. Votre secteur n’est pas représenté dans le lobbying influent en ligne, à vous d’en tirer les conséquences.

On a croisé l’écosystème du lobby avec nos cartographies en ligne des communautés d’activistes (une étude qu’on dévoilera prochainement). Le résultat n’est pas anodin.

La sphère du lobbying est aujourd’hui plus proche et plus engagée sur les sujets climat et environnement que sur n’importe quel autre sujet militant. Logique vu ce qu’on vient de dire sur les lobbies les plus influents. Elle est aussi très proche de la communauté autour des droits numériques (RGPD, open source, IA), ce qui confirme la place montante de la tech dans cet écosystème.

Mais le sujet qui suscite le plus d’engagement dans la sphère lobby aujourd’hui, c’est le droit des enfants. Pourquoi ? Parce que c’est consensuel, ça met tous les bords politiques d’accord, et c’est porté par une actualité (libération de la parole sur les violences faites aux enfants, polémiques récentes). C’est un sujet qui transcende les communautés, et ça en fait un terrain particulièrement mobilisateur.

À l’inverse, les sujets les moins porteurs dans la sphère lobby sont les sujets animalistes (communauté de niche, peu relayée par les lobbies pros), réactivistes et identitaires (liés à l’extrême droite, peu présente dans cet écosystème), et religieux (la sphère lobby est professionnelle, le sujet religieux relève de l’intime). Si vous travaillez sur l’un de ces sujets, vous trouverez peu de relais institutionnels dans cet écosystème.

Sans surprise pour qui connaît la sphère, le top 10 est presque exclusivement composé de médias et d’institutions de pouvoir majeures. La logique de cette sphère, contrairement à ce qu’on avait vu en sphère économique il y a quinze jours, ce n’est pas l’influence, c’est l’information. Les lobbies veulent d’abord savoir ce qui se passe. Et ils se tournent pour ça vers Le Monde, l’AFP, le gouvernement, l’Élysée, France Info, France Inter, Les Echos, Libération, Le Figaro.

Le penchant politique de l’écosystème transparaît dans cette liste : c’est un top à dominante centre-gauche, ce qui confirme la lecture qu’on faisait de la cartographie.

Côté progressions, Les Echos ont gagné de nombreux followers dans la sphère lobby cette année, comme dans d’autres sphères d’ailleurs. La stratégie éditoriale qu’ils ont mise en place ces derniers mois (notamment avec des vidéos YouTube qui fonctionnent très bien) ruisselle sur les autres réseaux. France Inter et France Info montent aussi, en partie parce qu’on a élargi l’écosystème à un maillage plus national que l’année dernière.

À noter, hors top 10 mais en forte progression : Jean-Baptiste Moreau, ancien député de la Creuse a grandi sur les questions agricoles, grâce à une prise de parole sans filtre sur X. Comme il fait régulièrement le buzz, il gagne des followers parmi les personnalités clés de l’écosystème lobby. Un cas intéressant de transition réussie entre fonction élective et lobbying privé.

Chez les dirigeants, on avait déjà regardé leur positionnement en 2025. Et en fait, on s’aperçoit que le top 3 dans le SBF 120 reste inchangé.

Bompard, toujours la course en tête, comme dans quasiment toutes les sphères qu’on a étudiées. C’est d’ailleurs le seul qui est relativement bien classé puisqu’il est dans les mille premiers. Véronique Bédague et Patrick Pouyanné complètent le podium. On est sur un top assez stable par rapport à l’année dernière, même si au global les scores ne sont pas extraordinaires et l’influence sur la sphère du lobbying est relativement minime.

Donc de toute évidence, les lobbies ne sont pas forcément intéressés par ce que racontent les PDG. Et ils ne sont même pas spécialement en adéquation avec leurs valeurs, puisque Pouyanné est dans le top 3. Ce ne sont pas les lobbies environnementaux qui vont être d’accord avec lui. Et certes, il y a des lobbies de l’énergie dans notre panel, mais ils ont tendance à être un peu moins présents que ceux du climat, donc ce n’est pas non plus complètement ce qui explique sa bonne position. C’est peut-être plutôt parce qu’il fait régulièrement l’actualité.

En dehors du SBF 120, Castex est bien placé uniquement parce que c’est un ancien Premier ministre et qu’on a vu le prisme très institutionnel de cet écosystème. Sinon, ce sont les présidents des lobbies des entreprises qui sont, en toute logique, les plus suivis par les lobbies : Martin au MEDEF, Asselin pour la CPME. Le président de BPI France est aussi bien classé, et on l’avait déjà vu il y a quinze jours dans la sphère économique. Ces sujets ont tendance à faire l’actualité en ce moment, en période d’incertitude économique en France, et comme c’est une voix pertinente pour prendre la parole sur ce type d’enjeu, il a pris en influence.

On peut noter aussi que Dominique Schelcher est relativement bien positionné, et c’est le seul dirigeant vraiment connecté au milieu agricole et agroalimentaire. Il a vraiment une voix sur son secteur, un peu comme Michel-Édouard Leclerc qui est aussi dans la grande distribution et qui est lui aussi très influent auprès des associations de consommateurs. Au global on n’est quand même pas sur des scores mirobolants.

Et surtout, ce qui est étonnant, c’est qu’on a fait un focus sur ceux qui incarnent plutôt un discours et une position très sociétaux. On aurait pu attendre des Michel-Édouard Leclerc ou des Emmanuel Faber bien plus haut. Et en fait, même eux, ils ne sont pas si bien classés. On peut relever aussi le cas d’Alexandra Palt, ex-directrice générale de la RSE chez L’Oréal (elle a notamment mis en place le premier programme de développement durable de l’entreprise) et jusqu’à très récemment présidente du WWF France. Donc, elle avait vraiment tout pour être influente au sein de cette sphère. Comme Julie Chapon d’ailleurs, qui prend régulièrement position sur les sujets liés au lobby de l’alimentation, notamment sur LinkedIn, pour promouvoir son application Yuka. Elle devrait être beaucoup plus haute. Et en fait elles sont assez bas au classement, assez peu suivies et écoutées par les lobbies, ce qui est quand même assez préoccupant pour elles.

D’autant que les entreprises ont des meilleurs scores que les dirigeants. Les deux premières, et même dans le top 5, ce sont plutôt des médias, ce qui est assez logique : elles sont un peu plus suivies que des entreprises classiques au classement. Ce qui montre à quel point, même si les entreprises ont de meilleurs scores que les dirigeants, elles ont vraiment du mal à émerger. Parce que normalement, on suit davantage des personnes que des comptes corporate de type institution, et les dirigeants devraient donc du coup être mieux classés que les entreprises. En général, il y a vraiment une prime à l’individu qu’on retrouve. Pas ici. Et ça, ce n’est vraiment pas du tout le cas.

Dans les entreprises qui sont les plus influentes, c’est aussi parce qu’elles ont des liens historiques avec les institutions, et que du coup elles sont un peu plus suivies par les lobbies et les personnalités politiques. On pense à La Poste, à Enedis, RATP, SNCF, RTL, Orange. La grande majorité des meilleures entreprises ici évoluent dans des secteurs très régulés, et sont de fait assez suivies par les lobbies.

On voit qu’il y a des présences assez inégales de l’écosystème selon les réseaux.

X est toujours la plateforme de référence avec le plus large taux de présence, quasiment toutes les communautés y sont présentes. C’est vraiment le réseau institutionnel par excellence.

LinkedIn est également assez influent, notamment au niveau des milieux économiques et politiques qui sont très actifs dessus. C’est assez cohérent avec l’ADN business pro et économique du réseau. On voit qu’il est en croissance de 6% par rapport à l’année dernière en termes de présence. C’est vraiment un réseau qui a le vent en poupe, on l’avait déjà noté sur la partie sphère économique qu’on avait étudiée il y a quinze jours. LinkedIn a tendance à devenir de plus en plus important et influent. Et 32% de présence, ça peut paraître faible, mais en fait c’est bien : la présence sur LinkedIn est détectée uniquement quand des personnes de l’écosystème ont liké un contenu (impossible d’identifier les followers sur LinkedIn). C’est donc normal que le score paraisse moindre par rapport à X, alors que dans les faits ce n’est peut-être pas le cas. Les plus influents sur cette plateforme sont toujours le président du MEDEF (déjà l’année dernière) et le ministre délégué à l’Industrie. Ça confirme le prisme business de la plateforme. Sauf à vouloir toucher des agriculteurs (et encore), si vous voulez influencer les lobbies, il faut aller sur LinkedIn, c’est une plateforme incontournable.

Sur Meta, on a une bonne présence plutôt des milieux progressistes et du secteur agricole. Son taux de présence est très légèrement en baisse par rapport à l’année dernière, mais c’est quand même relativement stable, de l’ordre de 1%. Ce n’est pas une baisse très notable. Aller sur Meta quand on veut toucher les lobbies, c’est vraiment à évaluer en fonction des objectifs et des communautés à cibler. Si c’est sur des sujets qui ont un peu plus de liens avec le grand public, ça peut être intéressant. Sur Threads en revanche, il n’y a toujours personne, donc ce n’est pas la peine d’y aller.

Sur Bluesky, on note l’arrivée d’acteurs institutionnels majeurs, allant de la CFDT à l’EHESP, et des ONG grand public comme la Croix-Rouge. 6%, ça reste relativement faible d’autant que les comptes ne sont pas tous actifs, mais ça dénote quand même d’une montée progressive du réseau, peut-être avec le départ de pas mal d’acteurs de X depuis l’arrivée de Musk. C’est un réseau à considérer si vous avez des cibles plutôt ONG ou des personnalités progressistes ou de gauche.

Enfin, TikTok. Faible mobilisation au global, c’est vraiment le réseau grand public par excellence. Il n’a pas vraiment encore pris son essor du côté des lobbies, mais ça vaut quand même la peine de s’y pencher si l’enjeu c’est de faire advenir une mobilisation de la société civile, dans une logique de lobbying encore très sous-estimée par les lobbies traditionnels.

L’année dernière, on s’était intéressé à TikTok, parce qu’on avait décelé une activité importante du côté des ONG qui passait largement en dessous des radars de la plupart des lobbies. Cette année, on a voulu voir si ces usages avaient évolué sur cette plateforme encore peu utilisée.

Et en fait, on s’est rendu compte qu’il y avait quand même de l’évolution en un an. Les ONG sont toujours en pointe sur leur usage du réseau. Elles ont vraiment bien compris qu’elles pouvaient utiliser TikTok pour mobiliser de larges audiences et sensibiliser le grand public à leur compte. C’est possible aussi parce que l’algorithme permet de liker des contenus sans avoir forcément un lien direct entre les utilisateurs ou avec les gens qu’on suit. Du coup, c’est possible de toucher un public très large, beaucoup plus que sur tous les autres réseaux sociaux. À condition de respecter un peu les formats et les codes spécifiques à la plateforme.

Et dans les cas qu’on présente, on voit que c’est le cas. Oxfam et la Fondation pour le Logement ont repris des trends TikTok. Ils répondent aux commentaires, ils font aussi des vidéos un peu loufoques pour sensibiliser à leurs sujets. Médecins du Monde fait un partenariat avec Loopsider, qui est un média très suivi sur la plateforme. Ils peuvent aussi nouer des partenariats avec d’autres influenceurs suivis sur TikTok, et ça fonctionne très bien. Beaucoup d’interactions avec le grand public, de nombreux commentaires, de nombreux likes. Ces vidéos marchent bien parce qu’ils ont réussi à s’approprier les codes et les usages de TikTok.

L’enjeu pour les ONG, ensuite, c’est de faire monter la pression sur leurs problématiques, pour traduire ces interactions en ligne en actions concrètes : pétitions, mobilisations potentielles. Ce qui n’est pas évident sur TikTok, parce qu’il n’y a pas de call-to-action et que le texte explicatif n’est pas forcément hyper visible, ou en tout cas pas suffisamment mis en avant. Leur enjeu, c’est vraiment de réussir à rendre visibles ces différentes mobilisations sur TikTok, de manière à ce que les politiques les voient et qu’elles deviennent un sujet sensible de société, vraiment visible aussi dans les médias mainstream et pas juste sur cette plateforme en particulier.

On est vraiment face à une logique de lobbying qui est en train de muter, pour s’immiscer sur les réseaux sociaux.

Là où les ONG mutent, les lobbies traditionnels, eux, restent encore sur des méthodes très institutionnelles. Et c’est ce qu’on voit quand on regarde ce que les institutions et les lobbies traditionnels font quand ils tentent d’être présents sur TikTok. En général, ils ne maîtrisent pas très bien les codes.

On vous a mis l’exemple d’un compte rattaché à la Banque de France, qui ne maîtrise pas vraiment les codes de la plateforme, avec des sujets qui ne sont pas forcément susceptibles d’intéresser la société civile. On est sur des vidéos très léchées, un peu dans une direction artistique qui ressemble à celle d’Instagram en 2020, quand on faisait des petites vidéos capsules comme ça. Alors que là, sur TikTok, on est sur une plateforme différente, avec des codes différents. Ce ne sont pas du tout les mêmes types d’usages que sur Instagram.

Du côté des institutions et des lobbies, on se rend compte que c’est vraiment un média insuffisamment investi et dont les usages ne sont globalement pas très maîtrisés. Leur enjeu, ça va vraiment être de se former pour établir leur présence et défendre leurs enjeux, leurs actions et leur réputation auprès de la société civile. Et ça passe soit par une prise de parole en leur nom propre, s’ils s’en sentent capables et s’ils en ont l’envie, soit, de manière un peu plus simple, par l’activation de relais qui ont déjà une communauté sur TikTok, qui en maîtrisent les usages, et qui pourraient porter leur message sous la forme de partenariats.

Dernier focus sur les usages de TikTok dans des logiques de lobbying, cette fois avec les politiques. Eux aujourd’hui, ils s’en servent surtout comme un outil de branding politique. Leur enjeu, ce n’est pas du tout d’attaquer des lobbies, puisqu’ils savent qu’ils ne sont pas sur TikTok, mais bien de construire une marque, de se rendre désirables auprès du grand public, en reprenant les codes de la plateforme. Par exemple, Bardella qui suit les tendances. Macron qui poste sur la victoire du PSG ou sur son footing avec Yves Choguet, un célèbre marathonien. On est vraiment sur une construction de marque personnelle qui n’est pas tout à fait dans la même dynamique.

Et du coup, l’enjeu pour les lobbies par rapport à ces politiques présents sur TikTok, c’est surtout d’arriver à veiller les interactions sur les comptes politiques. Parce qu’elles génèrent beaucoup de likes et de commentaires, avec des messages susceptibles d’avoir une dimension militante et, du coup, de concerner les lobbies. Mais qui sont aujourd’hui complètement en dehors des radars. Il y a vraiment un intérêt important à ouvrir les yeux pour éviter de passer à côté de ces interactions.

Contenu similaire