Ukraine : comment se propage la propagande sur les réseaux sociaux ?

Alors que le conflit israélien occupe l’espace médiatique, Saper Vedere a mené une analyse attentive durant un an des échanges sur le conflit ukrainien sur les réseaux sociaux. D’une situation à Bakhmut où la propagande a été à plein régime à la couverture d’Adviika où il n’y a presque plus rien comme contenu circulant, nous avons décidé d’analyser :

  • Qui est actif dans les commentaires autour de ce conflit ?
  • Que disent-ils ?
  • Est-ce qu’il y a une différence entre les réseaux ?

Notons qu’une analyse plus approfondie est disponible ici.

Les principaux enseignements

  • Les conversations reposent désormais fortement sur une analyse purement militaire avec la fuite de vidéos des deux côtés tentant à prouver que chacun a pris le pas sur l’autre. Auparavant, les discussions allaient à la fois propagande militaire et propagande politique. Désormais, avec l’attention médiatique qui tend à baisser, seules des lectures militaires sont visibles.
  • La propagande a clairement migré complètement dans des logiques figées avec des propagations sur Telegram rapportées par des comptes satellites sur X.
  • La mort de Evgueni Prigojine a clairement impacté la propagande russe sur les réseaux sociaux : les réseaux africains de Wagner sont désormais clairement à l’arrêt. De même, la volumétrie au sein de l’extrême droite et des souverainistes est clairement en baisse drastique de régime. Notons l’arrêt brutal de pas mal de comptes qui jouaient une grande importance dans les relais précédemment.
  • Il y a un désintérêt occidental pour les lieux de combat. Bakhmut suscitait bien plus de réactions et de couvertures médiatiques que pour Adviika. La longueur du conflit et les nombreuses actualités nationales et internationales expliquent grandement cela.
  • Twitter Blue et mass following : Twitter Blue est clairement utilisé par les comptes pro-russes. Cependant, malgré de nombreuses interactions (retweets et autres), la visibilité constantée grâce aux nombres de vues et d’impressions réelles est extrêmement faibles en termes de ratio, prouvant le fait qu’ils s’agissent de militantisme ou de propagande.

I. Qui est actif autour des commentaires autour du conflit ?

Les cartographies sur X sont relativement claires sur les forces en présence. Chose intéressante, mais l’écart entre les communautés à l’oeuvre sur Bakhmut et sur Adviika sont assez éloquents : il y a une décrue totale entre les deux terrains d’action.

Et tout cela se passe dans des échanges conversationnels avec moins de pressions sur les experts :

A cela, on peut rajouter des communautés expertes en défense sur LinkedIn avec là aussi des communautés développant des argumentaires pro-russes en nette baisse :

Enfin, sur Facebook, des pages africaines de propagande sur Facebook inondaient les discussions à propos de Bakhmut. Depuis la mort d’Evgueni Prigojine, celles-ci ont totalement disparu des conversations autour d’Adviika.

II. Quelles sont les techniques mobilisées par les pro-Russes ?

Les techniques sont relativement constantes dans les communautés

  • Mass following : Ils réalisent pour la plupart du mass following dans le but d’être suivi en retour par une pléiade de personnes. (Notons que le compte Circonscripti18 n’est plus actif depuis le 10 août 2023)
  • Abonnement à Twitter Blue : les comptes profitent de l’abonnement Twitter Blue dans le but d’être davantage visibles.
  • Résilience : ils font tous des ponts vers des chanels Telegram, que cela soit dans leurs publications ou dans leur biographie. Ils savent que leurs comptes ne tiennent qu’à un fil.
  • Des narratifs bien plus larges que la guerre : ce sont des actifs qui ne parlent pas uniquement de la guerre mais aussi de pas mal de problématiques intéressantes à la géopolitique russe : vaccins, europe, narratifs anti-Israël et pro-Hamas.
  • Beaucoup de retweets et une activité extrêmement soutenue dans le temps. Cela est d’autant plus bizarre lorsqu’on voit des comptes avec une activité extrême s’arrêter du jour au lendemain avec pas mal de comptes qui ont arrêté leur production en août ou fin septembre.
  • Le recours à des cartes : il y a une vraie guerre des cartes sur les réseaux sociaux avec des logiques de montrer les terrains d’occupation et les gains de territoire.
  • Le recours à des « experts » du camp adverse : on se plait à montrer des experts européens ou d’anciens soldats de l’OTAN qui prennent parti pour les narratifs russes.

Notons que derrière ces comptes, il y a des comptes avec une ligne éditoriale moins affirmée, plus « experte » comme le compte @RussiesInfos qui fait de la curation dans la presse européenne d’information mauvaise pour les Européens et Ukrainiens.

Enfin, sur Facebook, on peut identifier des opérations de messages similaires très basiques et très « primaires » :

III. Quels sont les axes de message ?

Du côté pro-russes, on développe plusieurs types de propagande en reposant sur des réseaux bien établis au fur et à mesure des années. Cependant, depuis la mort du chef de Wagner, Evgueni Prigojine, on observe une nette baisse de l’activité sur Facebook et sur Twitter.

Lorsqu’on décline ces axes de propagande sous forme d’opinions, on remarque que les principaux axes sont relativement basiques.

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