Le 4 octobre 2026, un adhérent de Nouvelle Énergie écrit sur X qu’« il se passe quelque chose » avec David Lisnard. Le lendemain matin, le hashtag #IlSePasseQuelqueChose apparaît. Le compte du mouvement le reprend en début d’après-midi, et le maire de Cannes le poste à son tour, tard le soir.
Le 10 octobre, le 20 h de TF1 descend dans un salon qu’il visite : sur les plateaux il est partout, dans la rue on ne sait pas encore qui il est. Le 13, il est l’invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC. Du 14 au 16 octobre, la presse titre sur un sondage Ifop qui le place à 6 %, devant Bruno Retailleau dans un scénario. Ruth Elkrief, sur LCI, donne le chiffre. Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, parle du seul outsider de la campagne.
La hausse est-elle réelle dans les sondages ?
Entre le 14 et le 16 octobre, les titres s’enchaînent : il double Bruno Retailleau, il est la grosse cote de la présidentielle, ou on entend même « c’est le moment Lisnard ». Les signaux mis en avant sont principalement déclaratifs.
- Une cote sur Polymarket, un site de paris interdit en France.
- Des adhérents revendiqués par son parti, sans registre publié.
- Des promesses de parrainage, qui ne sont pas des parrainages.
Les sondages, eux, bougent. Chez l’Ifop, il passe de 3,5 % fin septembre à 6 % mi-octobre, au-delà de la marge d’erreur. Chez OpinionWay, il passe de 2 à 4 %. Cluster17 le mesurait déjà à 4 % en juillet, et presque rien ne bouge jusqu’à mi-septembre.
Le fameux « il passe devant Bruno Retailleau » tient donc pour le moment à un seul scénario donné par l’Ifop, 6 contre 5, dans la marge d’erreur. Les deux autres instituts placent toujours Bruno Retailleau devant lui. Cela dit, deux instituts sur trois le voient gagner deux points. Par contre, on parle de quelqu’un qui passe d’environ 3 % à 5 %. Le second tour est encore très lointain même si c’est un début.
Elabe permet d’aller plus loin : l’institut a interrogé le même panel fin août puis mi-octobre. Chez les hommes, il double d’environ 9 %. Chez les femmes, il reste à 2 ou 3 %. Il progresse aussi à droite de LR.
Mais chez les sympathisants LR, rien ne bouge : un sur huit avant, un sur huit après. Eux, pour le moment reste avec Bruno Retailleau. On se retrouve donc face à une audience d’homme et de LR. Vous verrez qu’on a la même chose sur X par la suite dans ses gains.
Les sondages, institut par institut
- 3,5 → 6 %à l’Ifop, de fin septembre à mi-octobre
- 2 → 4 %chez OpinionWay
- ≈ 9 %chez les hommes, chez Elabe : il double à peu près
- 1 sur 8sympathisants LR, avant comme après
Ifop-Fiducial, OpinionWay, Cluster17, Elabe pour BFMTV, septembre et octobre 2026.
Qui écrit sur lui, et pour dire quoi ?
On a donc décidé de comparer David Lisnard avec quatre noms : Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Sarah Knafo et Laurent Wauquiez.
À l’été 2025, il représentait 3 % des articles qui citent l’un des cinq. À l’été 2026, presque 8 %. Il regagne du terrain. En 2023, alors qu’il présidait l’Association des maires de France, il montait à 15 %. Il est donc à la moitié de son niveau d’il y a trois ans.
Nous avons classé chaque média par bord politique. En octobre, six titres sur dix qui le nomment viennent des médias du centre et des généralistes. BFM TV en publie 45 à lui seul. La part du groupe Bolloré tombe de moitié : 14 % des titres en 2025, 6 % en octobre. C’est donc intéressant de voir que contrairement à ce qui est dit, il ne tire pas son actualité et sa visibilité des groupes Bolloré
Le groupe Bolloré l’avait pourtant accueilli tôt. Le 3 septembre, Pascal Praud demande à l’antenne de CNews s’il a le droit de l’applaudir. Le JDNews lui consacre deux couvertures. La vague d’octobre vient de la presse du centre, et souvent pour en douter.
Le sujet change aussi. Il y a un an, 7 % des articles qui le citaient parlaient de la présidentielle. Aujourd’hui, plus de quatre sur dix. La presse parlait du président des maires, elle parle désormais du candidat. Par contre, il reste encore du chemin : Édouard Philippe occupe pourtant toujours plus de six fois plus de titres que lui.
La gauche est nettement critique : on y parle de bulle, de campagne en ligne bien ficelée, d’adhérents sans preuve. Le centre reste surtout neutre. À droite, on s’appuie sur le sondage Ifop,tandis que Guillaume Tabard, au Figaro, y voit une envie de turbulence chez les électeurs de droite.
Un sujet manque presque partout : sa gestion de Cannes. Un article sur 69 en parle. La presse discute de sa percée et de son libéralisme. A contrario, Son bilan de maire, presque personne n’en parle.
Sur X, d’où vient la vague ?
Un post typique de David Lisnard faisait environ 700 likes à l’été 2025. En octobre, près de 3 800 : cinq fois plus. Sur la même période, Bruno Retailleau baisse. Du 14 septembre au 16 octobre, David Lisnard gagne plus de 17 000 abonnés. Bruno Retailleau, à peine 750.
Un détail compte. En octobre, son compte relaie surtout les autres : près de neuf posts sur dix sont des retweets. Les likes d’octobre reposent donc sur 35 posts.
La montée commence le 29 septembre. Ce jour-là, le nombre de comptes qui le relaient décolle, et il reste haut deux semaines, entre 2 000 et 3 000 par jour. Son record date du 18 mars 2026 au même moment où Wikipedia survient également.
Le 4 octobre, un adhérent poste la phrase « Il se passe quelque chose », sans hashtag. Le lendemain matin, le premier à poster le hashtag le fait pour se moquer. En début d’après-midi, le compte de Nouvelle Énergie le reprend. David Lisnard le poste à 23 h 37. Avant lui, 288 posts portaient déjà le hashtag, et six sur dix venaient de son camp. Son post fait 779 000 vues, le plus vu de tous. La presse suit dès le lendemain. C’est un mème militant, que le candidat amplifie.
Sur deux semaines, 6 752 comptes ont fait circuler le hashtag. Six reprises sur dix restent dans son camp. Il en sort un peu les 6 et 7 octobre, au moment des blocus lycéens. Hors de son camp, on le détourne : à peine un tiers de ces posts parlent encore de lui.
Qui arrive en octobre ? Nous avons isolé près de 4 000 comptes qui le relaient ce mois-là et que nous n’avions jamais vus au cours des neuf mois précédents. Ils sont un peu plus loin de la politique que ses relayeurs habituels : plus souvent sans bio, supporters de foot, joueurs de jeux vidéo. Le streamer Sardoche, 599 000 abonnés, le relaie dix fois en octobre.
Une partie vient pour le contredire. Sur 160 réponses de nouveaux venus que nous avons lues, plus de la moitié sont hostiles ou moqueuses. Chez ses relayeurs habituels, c’était environ trois sur dix. Des enseignants répondent à sa phrase sur les « 3 000 collaborateurs ». D’autres ressortent #ilsepassequedalle.
Ces nouveaux sont surtout des hommes. Nous avons lu le genre à partir du prénom, avec le fichier de l’Insee : plus de huit sur dix chez les nouveaux venus, un peu plus de sept sur dix chez ses relayeurs habituels, un peu moins de sept sur dix chez les nouveaux abonnés de Bruno Retailleau. Les comptes dont la bio les classe à LR sont moins nombreux chez les nouveaux (1,4 %) que chez les habitués (4,0 %).
Je retiens ce point : X et les sondages racontent la même histoire. Les hommes viennent, les proches de LR non. L’attention monte plus vite que l’adhésion.
Et les élus ? En octobre, 133 élus le relaient sur X. C’est dans la fourchette habituelle, entre 74 et 167 par période depuis l’été 2025. Le cercle ne s’élargit pas. Surtout, aucun parlementaire, alors qu’il y en avait un à cinq à chaque période. Muriel Jourda, sénatrice du Morbihan, la plus fidèle, ne le relaie pas une fois. Alexandra Martin, députée et secrétaire générale de son propre parti, non plus.
D’où viennent ses relayeurs ? On imagine un candidat du Sud. Presque tout l’excédent du Sud vient d’un seul département, les Alpes-Maritimes : le 06 pèse 9 % de ses relayeurs localisés, pour moins de 2 % de la population. Sans le 06, le Sud pèse même un peu moins que sa population. Son fief cannois, et les métropoles.
Reste la question qu’on entend : des faux comptes ? Nous avons fait le même test sur ses relais, ceux de Bruno Retailleau et ceux d’Édouard Philippe : comptes créés il y a moins d’un an, comptes à dix abonnés ou moins, textes identiques, rafales à la minute. Sur la plupart des critères, ses relayeurs ressemblent à ceux des deux autres. Parmi ses 924 comptes de moins d’un an, aucune fournée créée le même jour. On ne détecte aucun signe d’astroturfing. Il y a un noyau militant, et il agit à visage découvert.
Sur X, en octobre
- × 5likes d’un post typique : environ 700 à l’été 2025, près de 3 800 en octobre
- 17 000abonnés gagnés en un mois, contre 750 pour Bruno Retailleau
- 288posts portaient le hashtag avant le sien
- 0parlementaire parmi les 133 élus qui le relaient
Relevés ReputatioLab, X, du 1er au 17 octobre 2026.
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Et si la poussée se jouait ailleurs ?
Sur Instagram, il gagne près de 90 000 abonnés en dix jours, du 8 au 18 octobre. Il était déjà loin devant Bruno Retailleau. En une journée, Instagram lui apporte autant d’abonnés que X en deux semaines et demie. Sur TikTok, la presse parle de 80 000 abonnés mi-octobre, quatre fois plus qu’à la fin de l’été. La curiosité passe par l’image et la vidéo courte.
Même chose pour les formats longs. Jusqu’à l’été 2025, on trouve trois vidéos longues par trimestre à son nom. Du 1er au 16 octobre, 37. Son plus gros score est l’entretien avec Le Crayon du 11 octobre, plus de 520 000 vues.
Sa page Wikipédia tournait entre 13 000 et 30 000 lectures par mois en 2025. Du 1er au 15 octobre, 325 000. Le trafic automatique reste autour de 1 %. Surtout, la courbe fait un premier bond en mars, puis monte dès l’été : les gens se renseignent sur lui des mois avant le hashtag. En octobre, sa page est plus lue que celles d’Édouard Philippe, de Bruno Retailleau, de Gabriel Attal et de Sarah Knafo.
Cette page a une histoire. Le 13 février 2026, un compte dont presque toutes les modifications portent sur lui et sur son parti ajoute « candidat 2027 » et adoucit le passage sur la désinfection des plages pendant le Covid. Le lendemain, Wikipédia bloque ce compte pour suspicion de contributions rémunérées non déclarées, et un second compte lui est techniquement rattaché. Politico sort l’affaire le 11 mars, Nouvelle Énergie dément. Cet été, des passages gênants disparaissent encore, effacés par des comptes qu’on soupçonne proches de son camp.
L’audience est réelle. La vitrine, elle, a été retouchée par des comptes soupçonnés d’être proches, et les bénévoles de Wikipédia les ont bloqués ou refusés.
Au-delà de X
- ≈ 90 000abonnés Instagram en dix jours, du 8 au 18 octobre
- 37vidéos longues à son nom du 1er au 16 octobre, contre trois par trimestre en 2025
- 325 000lectures de sa page Wikipédia du 1er au 15 octobre
- 8,8 Mvues des vidéos TikTok qui parlent de lui, en un mois
Relevés ReputatioLab : Instagram, YouTube, Wikipédia (lecteurs humains), TikTok.
Est-ce qu’il triche ?
C’est le soupçon qu’on entend partout. Nous avons lu ses 213 430 abonnés X un par un, dans l’ordre où ils se sont abonnés, et nous les avons rapprochés selon qui suit qui.
À l’automne 2015, un paquet de 1 104 comptes dormants arrive d’un seul tenant. Des comptes américains, mexicains, indiens, thaïs, qui suivent chacun un millier de comptes. Aucun ne suit Bruno Retailleau. Le profil fait penser à un achat ciblé sur son compte. Nous ne savons pas qui l’a commandé : lui, son équipe, un militant ou quelqu’un d’autre. C’est 0,5 % de ses abonnés actuels, et ça date.
La vague de 2026 est plus propre que celle de Bruno Retailleau sur nos huit mesures. Son meilleur jour, le 6 octobre, lui apporte 1 830 abonnés, et jamais plus de 130 dans la même heure. Chez Bruno Retailleau, on retrouve 54 comptes clones créés en août 2024 et arrivés côte à côte cet été. Le seul achat probable de faux abonnés chez David Lisnard date de 2015.
Un signal sort quand même du lot : le même message collé cinq fois ou plus par un militant. Chez lui, c’est sept fois plus fréquent que chez Bruno Retailleau. Le plus actif colle 265 fois le même appel à adhérer, sous les posts de 191 comptes différents. Un autre colle 37 fois la même citation moqueuse sous les posts d’Édouard Philippe et du Parisien.
Le 1er octobre, le député Frédéric Valletoux s’en plaint publiquement. Le relais militant répond qu’il ne reçoit aucune directive, et rien ne montre le contraire. Ça reste de la militance : pas massif, peu organisé et pas très malin.
Autour du mouvement, selon le journaliste Marc Endeweld, il y a des professionnels de la communication : Romain Marsily, ancien de Havas, et Anne Méaux, présidente d’Image 7. Aucune ferme à robots, donc. Des pros de la communication autour de lui, et des militants zélés qui disent agir seuls.
Et les chiffres brandis pour dire qu’il monte ? Sur Polymarket, chez ses plus gros parieurs, près de trois parts sur dix du « oui » à sa victoire sont tenues par des comptes ouverts depuis le 27 septembre. Chez Bruno Retailleau, environ une sur dix. Le marché se dope à petit prix : 21 000 dollars suffisent à l’afficher à 17 %, son record du 11 octobre. Le pic du 5 octobre tient à un seul ordre de 10 000 dollars. Rien ne relie ces comptes à son équipe.
Les sondages sont propres : tous déclarés à la Commission des sondages, aucun commandé par son camp. Les adhérents passent de 27 600 fin août à près de 64 000 le 17 octobre, selon son propre mouvement. Un chiffre déclaré, sans registre vérifiable.
Dernier point, l’argent. D’avril 2019 à octobre 2025, zéro euro de publicité politique sur Meta, et aucune annonce chez Google. Seules traces : deux micro-publicités de comités locaux, sous 100 euros. Sur la même période, Jordan Bardella en a dépensé près de 88 000 sur Meta.
Sur TikTok, les vidéos qui parlent de lui en un mois cumulent 8,8 millions de vues, et presque la moitié passent par des comptes de fans : 26 comptes qui lui sont dédiés, dont 15 ouverts en septembre et en octobre. Son compte officiel pèse 2 % des vues.
Triche-t-il ? Nos constats
- 1 104comptes dormants arrivés d’un bloc à l’automne 2015, commanditaire inconnu
- 1 830abonnés gagnés son meilleur jour, le 6 octobre, jamais plus de 130 dans l’heure
- × 7messages collés cinq fois ou plus, par rapport à Bruno Retailleau
- 0 €de publicité politique sur Meta d’avril 2019 à octobre 2025
Relevés ReputatioLab : 213 430 abonnés X lus un par un ; posts X du 2 au 17 octobre ; bibliothèques publicitaires de Meta et de Google.
Une minute de retard, 103 articles
Le 13 octobre, David Lisnard est l’invité d’Apolline de Malherbe sur BFMTV et RMC. Selon la DH, le face-à-face commence avec une minute de retard. Ce jour-là, la presse publie 103 articles qui le citent, et beaucoup de titres retiennent la pique sur l’heure.
En media training, c’est un cas d’école. Une remarque sur la forme se prépare : une réponse courte, et on revient au sujet. Là-dessus, il semble quelque peu fébrile, et il y reviendra par la suite. La curiosité qu’il suscite n’est pas encore de l’adhésion.
Alors, il se passe quelque chose ?
Oui, on le regarde beaucoup plus. Wikipédia, Instagram, les vidéos longues, les likes sur X : tout monte, et la curiosité démarre bien avant le hashtag.
Le vote suit beaucoup moins. Il gagne deux points dans les sondages, surtout chez les hommes et à la droite de LR. Les sympathisants LR restent avec Bruno Retailleau. Les parlementaires se taisent. Une partie des nouveaux venus vient pour se moquer. Et le récit, son camp l’a lancé : le hashtag naît chez ses militants, il le reprend le soir même, et la presse du centre suit.
Est-ce qu’il triche ? Pas avec des robots. Il y a eu des faux abonnés en 2015 et une page Wikipédia retouchée par des comptes soupçonnés d’être proches. Ce sont finalement des erreurs de jeunesse, ou des choses que l’on voit de manière assez habituelle dans ce cas de figure. Le reste mélange de la vraie curiosité, des soutiens et pas mal de moqueurs.
Alors oui, il se passe quelque chose autour de David Lisnard. Des gens le découvrent, le lisent, le regardent. Mais souvenez-vous du micro-trottoir de TF1 : pour l’instant, ça se passe surtout sur les écrans. La campagne est encore longue, et les urnes sont un autre sujet.
