Y a-t-il des bulles informationnelles dans la campagne présidentielle ?

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 Les élections américaines ont beaucoup parlé des bulles informationnelles. Les réseaux sociaux nous enfermeraient dans des communautés informationnelles dans lequel on tombe petit à petit. Il était donc très intéressant de faire l’exercice sur Twitter, le réseau social où par définition, on peut suivre n’importe qui, et où il n’y a pas d’algorithme de timeline. Analyse via Visibrain.

I. 10 M de tweets cartographiés

La première étape était d’extraire plus de 10 m de tweets autour de la présidentielle. J’ai ensuite cartographié toutes les interactions. Plus un point est gros, plus il est mentionné par les autres acteurs. Chaque couleur représente une communauté selon un algorithme de clustering. En réalité, on retrouve dans les interactions, les principaux camps. Cela montre de facto que nous sommes dans le même cas de figure que sur Facebook : nous interagissons avec notre bulle confessionnelle sur le plan politique. 

Dans le même temps, j’ai réalisé le même exercice pour 500 000 tweets autour de la présidentielle (une semaine de tweets, prise entre le 7 et le 15 avril), mais cette fois-ci j’ai observé non pas les interactions entre des comptes Twitter et des comptes Twitter, mais entre des comptes et des noms de domaine :

Là encore, chaque militant de chaque candidat s’enferme dans des bulles informationnelles. De façon filtrée, cela donne ceci :

Comme c’est très général, nous allons voir les principaux noms de domaines par bulles informationnelles.

Les sources d’information par candidats

Pour filtrer les communautés, j’ai utilisé les communautés des 10 M de tweets. Pour chaque candidat, j’ai pris les 1000 militants les plus actifs à l’intérieur de la communauté, ce qui fournit un tableau des domaines via Visibrain. (Sur les deux derniers mois) Dans un second temps, la cartographie montre, elle, le zoom sur la partie de la cartographie des interactions de domaines qui est propre à la communauté. (Ce ne sont donc pas les mêmes données qui sont montrées)

1. Le Pen

Chez Le Pen, on est très proche des sources du clan Fillon, mais sur de sites bien plus complotistes. Le top 3 est donc :

  • Boulevard Voltaire
  • FrDeSouche
  • Le Figaro

Dans la cartographie, on remarque la présence de Sputnik, d’égalité et réconciliation, et d’autres sites qui sont le parfait kit du complotiste.

2. Fillon

Assez proches de Marine Le Pen, les communautés de François Fillon consultent en premier lieu :

  • Le Figaro
  • Valeurs Actuelles
  • L’Opinion

3. Macron

Chez Macron, on consulte davantage :

  • Le Figaro
  • Le Monde
  • Libération

On remarque dans la cartographie une acquittante pour le magazine Challenge.

 4. Melenchon

Chez les communautés de Mélenchon, on partage davantage :

  • Le Monde
  • L’Huffington Post
  • FranceTvInfo

Dans la cartographie, on arrive à isoler particulièrement YouTube, fer-de-lance de la communication de Mélenchon. On voit aussi le channel Discord, plateforme appréciée par les gamers.

5. Hamon

Les militants d’Hamon partage, eux, davantage des informations provenant de :

  • Libération
  • Canal +
  • Le Monde

Ils sont également plus ouverts sur le monde extérieur. On voit ainsi dans la cartographie Le Soir ou encore RTS.

Conclusions

Oui nous avons des bulles informationnelles. Et non, ce n’est pas un algorithme qui nous les fixe. Nous y sautons sciemment. Cette petite analyse de Twitter permet de l’établir assez facilement. Toutefois, il reste à être prudent dans la mesure où la plupart des gens s’exprimant sur la présidentielle dans la presse sont des militants et sont donc plus susceptibles de s’enfermer sciemment dans des bulles. Les principaux médias sont cités par tous. On peut toutefois prendre peur lorsqu’on voit la bulle informationnelle formée par Fillon et Le Pen qui s’écarte des médias traditionnels et qui relaient des sites que l’on peut qualifier de sites complotistes.