Si, quand on vous parle d’intelligence artificielle, vous pensez encore à un chatbot, vous êtes sans doute au mauvais endroit et en retard .
Car l’intelligence artificielle est clairement en train de passer à un niveau tout autre aux États-Unis, alors qu’en France, on en est encore à tenter de déterminer sa valeur ajoutée.
Il faut dire que l’année s’est terminée par la crainte d’un éclatement de la bulle de l’IA, mais aussi par une série d’études et de reportages dressant un constat sombre sur l’intelligence artificielle.

Mais depuis, Claude a sorti toute une série d’innovations dont Claude Code, Claude Co-Work, l’intégration de nombreux plug-ins (Excel, Pptx, etc) et autres.
Claude Code est une révolution contre laquelle OpenAI a répliqué avec Codex. L’entraînement de leur modèle, combiné à des prompts maison ainsi qu’à des agents autonomes, rend le dispositif absolument magique.
Son équivalent pour les métiers de la bureautique, Claude CoWork, est bourré de bugs et loin d’être à la hauteur de ce qu’en disent les publications sur les réseaux sociaux que l’on peut voir.
Dans le même temps, alors que les IA ne pouvaient disposer que d’un prompt relativement léger, les derniers modèles prennent en charge 1 M de tokens de contexte. Cela va permettre de fournir des superprompts :
| Année | Fenêtre de Contexte Max | Capacité équivalente |
| 2020 | 2k – 4k tokens | Quelques pages de texte. |
| 2022 | 8k tokens | Un long article de blog. |
| 2023 | 32k – 128k tokens | Un livre ou un rapport technique. |
| 2025 | 1M – 2M tokens | 1h de vidéo ou 700 000 mots. |
| ? | 10M+ tokens | Toute la documentation d’une entreprise ou une série TV entière. |
Car là où l’idiot regarde le prompt, le sage regarde le contexte :
- Le contexte est la somme des connaissances à propos de l’organisation qui prompte.
- Les agents sont les personnes qui effectuent les actions. Ceux-ci peuvent être autonomes, collaborer en équipe ou s’attribuer des tâches entre eux.
« Tu es un veilleur qui a telle expérience, qui connaît ceci, ceci et ceci. Tes principaux outils sont. Tu peux effectuer tel commande, etc. » - Les commandes, ce sont les prompts ou actions récurrents que l’on peut paramétrer en back-office.
« Si un utilisateur te demande une veille sur les réseaux sociaux, il faut que tu te plug à tel outil, effectue tel action, et rende cela dans tel format » - Le prompt : c’est la demande visible qui est le plus simple possible.
« Fais ma veille »

Récemment, des mécanismes de « mémoire » sont apparus pour maintenir la persistance d’une session et se sont rajoutés à ce dispositif. Et donc tout devient encore plus important et fait en sorte qu’il y aura de nombreux défis pour les organisations
Les défis pour les organisations
La transformation des organisations sera profonde. Les enjeux seront de :
1. La data sécurisée, organisée, personnalisée et raffinée.
Avoir des données privées et de valeur est extrêmement clé. Ce sont des informations non accessibles au public et qui permettent donc de nourrir l’intelligence artificielle avec des données qu’elle n’a pas en stock. C’est son principal problème aujourd’hui. Il est extrêmement important d’avoir des données sécurisées, organisées, uniques et raffinées.
2. L’importance de documenter l’organisation
Plus l’IA aura de contexte, plus elle sera puissante. Il faudra que les organisations rassemblent leurs connaissances. Ce métier de gestionnaire de connaissances existait déjà (veille stratégique, intelligence économique, documentalistes, etc.), mais il sera extrêmement stratégique.
De notre côté, nous enregistrons en vidéo tous nos rendez-vous structurants (kick-off du projet, stratégies, réunions d’innovation, cours) depuis près de 2 ans et les retranscrivons par IA. Nous avons ainsi 302 rendez-vous enregistrés. À cela, nous avons ajouté une SV Academy qui enseigne toute notre manière de faire et d’opérer que l’on a également enregistrée.
Tous nos scripts ont désormais une documentation ultra complète que l’on pense dès la génération d’une ligne de code. Bref, nous documentons absolument tout, car nous pensons que c’est extrêmement stratégique.
3. Former et rassurer les équipes
La peur liée à l’intelligence artificielle est réelle. Souvent, cette peur arrive à être diluée en échangeant avec les employés avec des arguments comme :
Mais qui lance l’intelligence artificielle s’il n’y a pas d’employés ? Qui connaît son client mieux que quiconque ?
L’IA sera une aide. Pas un remplacement. Un dirigeant recrute quelqu’un à qui il délégue des responsabilités. Qu’il utilise l’IA ou pas, ca n’est pas son problème. Le dirigeant qui gère une entreprise tout seul avec des agents IA, je n’y crois pas une seule seconde, car il ne pourra pas être meilleur qu’un dirigeant qui gère avec un autre employé disposant des mêmes agents IA.
Si Claude Code permet de coder plus facilement, je ne laisserais jamais un consultant de chez nous développer sur nos infrastructures. De la même manière que je ne laisserai jamais un développeur élaborer une stratégie via Gemini.
Les meilleures organisations seront celles qui nourriront le processus de demain, quotidiennement, et qui sauront agencer la connaissance utile. Et pour cela, il faut une force et une diversité collective. Ensuite, il y a plein de compétences et de nouveaux processus à acquérir.
4. Lutter contre les hallucinations
L’étude « Halluhard », prépubliée le 1er février par un collectif de chercheurs de l’EPFL (Lausanne), a testé les principales IA génératives (ChatGPT, Gemini, Claude) sur 950 questions complexes dans quatre domaines : droit, recherche, médecine et programmation. Résultat : la meilleure IA produit 30 % d’hallucinations (réponses fausses ou inexactes), la moins performante dépasse 70 %. Le taux d’erreur augmente nettement pour les questions de suivi, mais pas pour la première question. Les chercheurs soulignent que ces chiffres ne concernent pas les requêtes simples, mais les questions ouvertes et pointues

Pire, OpenAI a publié une étude en septembre 2025 (« Why Language Models Hallucinate ») qui prouve mathématiquement qu’il existe un plancher inévitable aux hallucinations dans le paradigme actuel (pré-entraînement + évaluations binaires classiques). Reste qu’une organisation ne peut pas se permettre d’autant d’hallucinations. En ce sens, une IA agent, qui est plug dans une infrastructure, est une des clés potentielles. Il lance des scripts, gère des APIs, fait tourner la machine, mais ne répond pas directement à une problématique.

5. Lutter contre les méfaits de l’IA
J’en dressais déjà un constat sur le fait que les méfaits de l’intelligence artificielle pointaient le bout de leur nez. J’y montrais notamment le fait que mon associé avait reçu quelqu’un se faisant passer pour moi ou le fait qu’il y avait de faux articles IA qui parvenaient jusqu’à des comex. Il est clair qu’il y aura aussi de très mauvaises choses qui arriveront avec l’IA.
Les méfaits de l’IA, ce sont aussi toutes les croyances selon lesquelles elle produira de la magie sans effort.
Le 5 mars 2026, Amazon.com a subi une panne de près de six heures : paiement cassé, connexion impossible, prix aberrants, Amazon Fresh à l’arrêt, 21 000 signalements au pic. Cause officielle : un déploiement de code. Mais un mémo interne fuité pointe vers Kiro, l’assistant de coding IA d’Amazon, impliqué dans une série d’incidents depuis le troisième trimestre 2025. En décembre 2025, Kiro avait déjà supprimé puis recréé un environnement AWS en production, tout seul, sans instruction. La réponse d’Amazon : tout code généré par IA chez un junior ou mid-level doit désormais être validé par un senior avant déploiement. Des équipes entières avaient été licenciées pour accélérer l’IA.
6. Créer de nouvelles expériences
Un autre principe auquel je crois très fortement est l’importance de créer de nouvelles expériences. Je doute que les notes stratégiques circulent encore à travers des Word. Je suis convaincu que les PowerPoints ne seront assurément plus les supports de présentation.
Dans un monde où les pages Web, les animations ou les vidéos sont générables automatiquement (on n’y est pas encore) , notre manière de communiquer des documents et de l’information peut foncièrement changer.
III. Conclusions
On surestime les effets à court terme et sous-estime ceux à long terme. Avec les innovations déjà en place et ce qu’on découvre dans les possibilités qu’elles ouvrent, il faudra déjà 2 à 3 ans avant d’ingurgiter ce qui a été produit.
Ceux qui espèrent secrètement que l’intelligence artificielle va se casser la gueule font fausse route. Ceux qui pensent qu’elle va tout emporter sur son passage, comme une tornade, auront également tort. ll y a un juste milieu : cela avance très rapidement quand même. Donc si vous ratez le train en marche. Vous le regretterez.
Saper Vedere