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Sarah Knafo est-elle favorisée par les algorithmes de X ?

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En février 2026, une étude démontrerait que les publications de Sarah Knafo bénéficieraient sur X d’une exposition trois fois supérieure à celle que son audience organique devrait générer.

Les chiffres avancés sont spectaculaires : 17,5 millions de vues en janvier pour les vidéos de la candidate, contre 1,8 million pour celles de Rachida Dati, alors que les deux femmes disposent d’un nombre d’abonnés sensiblement comparable sur la plateforme (entre 220 000 et 240 000). L’algorithme de X placerait les contenus de Sarah Knafo dans les espaces de recommandation, notamment dans le fil « Pour vous ».

L’étude rejoindrait d’autres études sur les algorithmes de X. Une enquête de Sky News publiée en novembre 2025 montrait qu’au Royaume-Uni, plus de 60 % du contenu politique amplifié par l’algorithme provenait de comptes classés à droite. L’University College de Dublin a révélé, juste avant les élections fédérales allemandes de février 2025, que l’AfD occupait 37,9 % de l’espace politique dans le fil « Pour vous » alors qu’elle ne représentait que 15,2 % du volume de tweets postés par les comptes politiques. Et le 18 février 2026, une étude publiée dans Nature a fourni le socle expérimental le plus solide à cette thèse : en assignant aléatoirement des utilisateurs américains à un fil algorithmique ou chronologique pendant sept semaines, les chercheurs ont démontré que l’exposition à l’algorithme déplaçait les opinions vers des positions plus conservatrices.

Dès lors, est-ce que Sarah Knafo a vraiment bénéficé de l’algorithme de X ?

Le debunk

Une histoire de code social media plus que d’algorithme

En réalité, les codes et les manières sont bien plus importants que l’origine politique d’une personne. Premièrement, Chikirou a également de meilleurs scores que les autres :

Si Rachida Dati a publié plus de vidéos que Sarah Knafo, ce sont des vidéos postées à la foulée et qui sont simplement les replays des émissions :

Quant à Emmanuel Grégoire, ce sont carrément des bouts de vidéo old school de meetings politiques :

Tous les réseaux sont d’extrême droite

Ensuite, quand on prend tous les réseaux, le constat est clair : X est encore léger dans sa promotion de Sarah Knafo :

En réalité, c’est juste que Sarah Knafo a fait une campagne social media first, alors que les autres ont fait « terrain first » ou « media first ». Évidemment, c’est plus simple de regarder X et son API généreuse, où toutes les données sont disponibles.

Les contenus Sarah Knafo n’ont pas été boosté

Si le compte de Sarah Knafo, en tant que tel, était boosté, on peut supposer que les publications qui parlent d’elle auraient également été boostées. Si l’on vérifie cette hypothèse, on se rend compte qu’elle a été largement en dessous de ses concurrents : (Meltwater)

Attention, les indicateurs de reach sont totalement factices. (Ils sont le nombre de publications * le nombre de followers) Il ne s’agit pas des vues réelles.

Elle a moins bénéficié d’articles Web que d’autres candidats. Malgré un nombre de mentions similaires, ces mentions ont bénéficié de beaucoup moins de partages. La raison tient essentiellement au fait qu’elle a attiré des audiences avec très peu de followers en comparaison avec les autres adversaires :

Le nombre de followers ne veut rien dire

Le nombre de followers ne présume pas du tout des performances des comptes. L’audience de Sarah Knafo est toute juste : elle vient d’avoir ces followers là où l’audience en termes de followers de Rachida Dati et Mariani est ultra vieillissante avec beaucoup de comptes qui les suivent :

  • Qui date d’une période extrêmement vieille et ont quitté X depuis
  • Ne les suivent pas forcément en raison de la municipale et donc ne pourront pas booster via l’engagement

Des différences entre vidéos ?

Par ailleurs, certains journalistes se demandaient comment deux vidéos relativement similaires pouvaient avoir des performances complètement différentes et y voyaient la main de l’algorithme. Notamment sur ces deux publications :

En réalité, l’histoire est assez simple lorqu’on sort nos outils de comparaison :

Le fait qu’en réalité, le premier démarre très fort. Il est tué par le deuxième et par ceux qui retweettent très fortement le matin.  C’est l’effet “réveil matin” : les gens se réveillent et partagent ce qu’ils ont vu la veille ou ce qui apparaît dans leur timeline.

Chiffres clés du matin :

  • Tweet 1 : 43 partages, reach 78K
  • Tweet 2 : 89 partages, reach 198K (2.5x plus)

Ça n’est donc pas l’algorithme qui, subitement, booste une vidéo plutôt que l’autre.

Conclusion

L’étude ne montre aucune triche de la part de Sarah Knafo. Elle adopte les codes des réseaux sociaux en les modernisant quelque peu sans toutefois étendre son électorat.

L’explication de son bon score électoral n’est pas totalement à chercher dans ses performances de réseaux sociaux non plus. Au contraire, elle cumule de nombreux petits comptes autour d’elle, mais ces comptes n’ont pas d’audience et n’activent pas eux-mêmes d’audience.

D’ailleurs, si l’on pouvait se questionner sur une quelconque malversation, ce serait davantage dans l’analyse de ces petits comptes qu’il y aurait du grain à moudre. (Nous n’avons pas poussé plus loin)

Il est logique que X expose davantage la droite et l’extrême droite, dans la mesure où la gauche a déserté ce réseau social. Mais ce n’est même pas cela puisque nous avons prouvé que les autres réseaux sociaux ont aussi fait la part belle à Sarah Knafo.

Et, logiquement, là où les autres candidats partagent les médias ou les meetings politiques, Sarah Knafo a proposé du contenu Social Media first. (Notons que depuis le deuxième tour, elle fait comme les autres à repartager ses passages médias)

Le principal enseignement des municipales, tiré après 10 à 15 ans de campagne politique, est que les élections ne se déroulent plus sur les réseaux sociaux, si tant est qu’il y ait eu un jour une réelle bataille sur ces espaces. Ceux-ci sont devenus des réseaux de fidélité, et non des réseaux de conquête. Plus que jamais, il sert davantage à abreuver les vecteurs de communication présents sur le terrain.

Pour la présidentielle, il conviendra d’articuler porte-à-porte et réseaux sociaux, convaincus et à convaincre, ainsi que les territoires et les métropoles.

Et pour les journalistes, il faudra quelque peu muscler leur culture numérique et arrêter de voir des complots sataniques d’extrême droite partout.
Car s’il y a 10 ans, l’extrême droite trichait avec des fake news, des fausses audiences et de l’astroturfing (et j’ai largement documenté ces opérations) , l’extrême droite avance désormais avec de nouvelles méthodes et un nouvel état d’esprit. Et les chiffres observés en forte croissance ne relèvent pas uniquement d’un problème d’algorithme.

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