GénérationHeetch ou la difficulté de mobiliser, même avec du slacktivisme

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Ce samedi à 12 h, Heetch lançait une opération de « manifestation numérique », poussant la logique du digital labor à son paroxysme. Quel dispositif était en place ? S’agissait-il d’un succès ? Réponse à travers une petite analyse qui démontre qu’aujourd’hui, même avec le slacktivisme, il est difficile de mobiliser ses troupes.

I. Le dispositif

Suite à une décision de justice, Heetch a décidé d’organiser une manifestation numérique. Le point de chute est un site appelé GénérationHeetch.

Une fois que l’on clique sur « Je participe », on peut choisir son avatar parmi tout un choix.

Bien entendu, j’ai pris le rôle de celui qui allait compter les manifestants.  Je me retrouve donc avec deux possibilités : partager le statut sur Twitter, partager sur Facebook ou choisir un politique pour envoyer une carte postale.

Les politiques sont principalement les candidats à la présidentielle.

À côté du site, Heetch a également mobilisé ses supporters sur Twitter grâce à la plateforme Agora Pulse et à Zendesk (plateforme de relation client) et les a poussé à joindre le mouvement.

Voici donc pour le dispositif.

II. Analyse

L’initiative n’a soulevé que peu d’enthousiasme et on peut parler de véritable flop sans être sévère

En nombre de personnes aussi, on est loin d’avoir touché les sommets. Sur les 9 derniers jours, ils n’ont touché que 1700 personnes, cela paraît faible. On remarque également les manoeuvres de Heetch auprès de ses clients. Alors que la sémantique s’articulait autour du mouvement heetch et qu’elle faisait appel à sa communauté, on ne peut pas dire que l’aspect communautaire soit très riche.

Il y a aussi eu des accusations de botting qui ne sont pas justifiées. Il y a bien une personne SiwiOnline qui dispose de compte qu’il active à chacun de ses tweets via le logiciel Tweetdeck. On compte également quelques utilisations de IFTTT. Mais dans l’ensemble, il n’y a que 4.4 % de faux sur 2824 tweets, ce qui n’est pas énorme.

III. Conclusions

Bref, je ne dispose pas des chiffres pour Facebook, mais sur Twitter, il y avait clairement moyen de mieux faire. Dès lors, qu’est-ce qui peut expliquer le manque de succès ?

  • Un message peu adéquat

Revenons à ce qui était partagé : un simple tweet avec une demande de rejoindre le mouvement.

Ca fait léger le message. D’autant plus qu’il est difficile de s’approprier ce message. Alors que les illustrations étaient plus ou moins personnalisables, disposer d’un seul tweet sans argument de lobbying est quelque peu léger. Même de petits mouvements citoyens ou d’ONG mettent à disposition plus de 200 tweets prêts à être envoyés dans le cas de tweet storm.

Cela donne une pauvreté lexicale assez forte :

  • Des objectifs flous

Il y a derrière cette manifestation numérique l’idée de vouloir faire du bruit. Mais à quoi sert ce slacktivisme ? Les objectifs sont très flous. Même lorsqu’on fait une manifestation, le but est d’attirer le regard ou de se promener pile à l’endroit du décideur. Ici, la cible est peu connue. Il y a comme une idéologie sous-jacente selon laquelle le fait de faire du bruit sur Twitter suffit à toucher les décideurs et permet de peser. Mieux aurait fallu viser des politiques clairement et distinctement.

  • La précipitation

L’opération paraît plus ou moins précipitée. Mieux aurait fallu attendre pour préparer l’ensemble de la stratégie. Derrière une idée de départ, il manque la précision dans les détails.

 

Ce cas illustre cependant la tendance de plus en plus forte des mobilisations numériques dans le but de peser sur les décisions. S’agit-il d’une nouvelle forme de militantisme ? S’agit-il de travailleurs du clic ? S’agit-il de communication d’influence ou d’astroturfing ? Autant de questions qui se poseront pour tous les prochains cas et pour lesquels il va falloir travailler à trouver de réponses.