Le top 12 des plus grosses arnaques à la presse et au public de 2016

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Comme chaque année, je vous livre les meilleures arnaques des organisations pour obtenir de la visibilité dans la presse et sur les réseaux sociaux.

Introduction

Si vous n’êtes pas familier avec le concept d’artefact de communication dont j’exposais les tops ici en 2014 et là en 2015, sachez qu’il s’agit pour moi d’un « prétexte matériel ou immatériel qui sert d’appât pour la presse dans un but de visibilité »

  1. La presse est en crise. Ils ont sacrifié leur pertinence et leur sourcing sur l’autel de la visibilité. Le but n’est plus d’être le plus crédible, mais d’être le plus lu. J’en ai déjà fait le portrait acide ici où j’avais d’ailleurs déjà introduit l’artefact de communication, mais si vous n’avez pas le temps de lire, disons surtout que la presse est devenu une machine à buzz, voulant recueillir le plus de clics possible, même si c’est au sein des racistes. Ainsi elle cherche du clic, quitte à ressembler à du Gorafi :

    Et tous les médias s’adonnent au sexe :

  2. Ce qui importe n’est plus le tweet, le message, la pub, mais l’histoire qu’il y a autour ainsi que les valeurs véhiculées.

Le top 12 des artefacts de communication

Rappelons l’artefact de communication de Ryanair, qui joue hors concours car habituel chaque année : ils feront voyager gratuitement d’ici 10 ans.

12. Monde positif

Dans une publicité radio, on annonce un nouveau mouvement politique, « ni de gauche ni de droite ». Sur le site mondepositif, leur programme affiche :

Notre programme se résume en 5 points :

Une vidéo résume le tout :

Finalement ce ne fut qu’un fake :

« Bonjour,

Vous l’avez sans doute compris, appris ou découvert, Monde Positif n’est pas un mouvement citoyen ni même un nouveau parti politique, mais une initiative citoyenne de Troc, le leader européen de la seconde main.

Nous voulons montrer qu’il est possible d’agir concrètement pour inspirer chaque jour un changement positif. De poser des actes simples qui changent la vie et font du bien à la planète.

Notre programme en cinq points, détaillé ci-dessous, vous explique pourquoi nous ouvrons nos magasins Troc chaque jour, et pourquoi nous croyons que nous pouvons contribuer à un changement positif de la société.

Bienvenue dans un monde positif.

Pierre Boseret « 

Le tout n’aura finalement amené que 1140 vues sur la vidéo YouTube. Il y a cependant fort à parier que le but était également SEO puisque de nombreux liens d’articles Web pointent vers le site mondepositif.be et que celui-ci permet à Troc de placer des mots-clefs intéressants pour lui.

11. #JeNeSupportePasLesBleus

Raymond Domenech va jouer sur son image en tweetant ceci :

Tout n’était finalement qu’un artefact de communication de l’agence Buzzman pour lutter contre la violence conjugale.

L’initiative fut un succès que je vous ai analysé ici.

10. Les costumes de survie des « Yes men »

En ce mois de janvier, les « Yes Men » ont réussi un canular de choix au parlement européen.  Ils ont créé une fausse entreprise nommée « Global Security Response » et organisé une conférence de presse au parlement. Aidé par un député, il devait être question des nouvelles technologies développées par l’organisation en matière de sécurité. Le tout présenté par un « Archibald Schumpeter » et étayé par un faux site : http://www.globalsecresponse.com

À la conférence, on a pu voir une de leur fausse nouvelle solution pour survivre au terrorisme :

Le canular avait pour objectif de prouver par l’absurde le fait que le paradigme sécuritaire n’était pas une solution optimale pour faire face au terrorisme.

9. Le bijou Thigh Gap

Sur un site d’e-commerce, on découvre un bijou assez spécial puisqu’il s’agit d’un bijou Thigh Gap, soit la pratique qui consiste à être maigre pour avoir un écart presque rectiligne entre les jambes.

Le tout fut commenté sur Twitter. Mais en fait, le bijou n’est pas à vendre. On peut certes ajouter les produits à son panier, mais une fois qu’on veut régler la somme, la visite est redirigée vers un site qui explique que tout cela n’est qu’un hoax et que l’entreprise Tgap Jewellery n’existe pas.

Il s’agit en réalité d’une initiative de Soo Kyung Bae, une designers qui veut lutter contre les pratiques dangereuses de maigreur.

8. « Girls of paradise » : le faux site de prostitution

le Mouvement du Nid, une association abolitionniste a lancé un faux site de prostitution Girl of Paradise.

 « On a créé le premier site d’escorts où toutes les filles sont déjà mortes, mais les clients ne le savaient pas » commente la porte-parole du mouvement.

Selon le Parisien, le site avait déjà reçu 600 appels durant la première semaine. Au téléphone, des clients tentaient de joindre une des prostituées. Une des voix de l’association disait « tu cherches à la joindre ? Elle a été tuée par son proxénète ».

Sur le chat, toujours selon le Parisien, les nombreux messages reçus avaient eu comme réponse : « Monica a été retrouvée morte, nue, dans un canal. Quand on est client de la prostitution, on est complices des violences subies par les prostituées. Si on ne fait rien, encore combien de victimes massacrées ?». Depuis, plus aucun client ne s’est présenté. Cependant, il y a eu des articles de presse qui se sont ajoutés à cette campagne particulièrement maligne pour toucher directement la cible des clients de prostitués.

7. La sextape de Yacht

Un duo de musique appelé Yacht aurait été piraté entraînant la publication de leur sextape sur la plateforme de film pornographique Porn Hub.

Ils ont fait croire à leur tristesse totale

« Dear everyone,

We are writing today because we want you to be the first to know some news.

This has been a hard time for us as a band. It’s hard for bands generally these days. We make music in a time where album sales are at an all time low. Tours are a formidable expense with no guarantees that we’ll make the money back. Not even t-shirts sell the way that they used to. Music isn’t art anymore, it’s just content. We don’t need to write yet another op-ed column to describe the intricacies of why mid-level bands like us are in trouble.

That being said…

Today, without our previous knowledge nor consent, a personal video was released.

For more than 10 years, Claire and I have been the frontman and frontwoman of a band that has been core to the meaning of our mutual existence. YACHT is the result of love, tremendous work and unending, unflinching collaboration. We have always operated under the principle of doing our best to maintain dignity and a commitment to openness and truth, both on stage and off.

But today, due to a series of technological missteps and one morally abject person, a video that we made privately has been released to the public. We have commenced legal proceedings against the aforementioned person, but now that it could potentially circulate, we feel like it’s important for you to know what happened and why.

Claire and I — who have been romantic and artistic partners since 2006 — made a “sex tape.” It was intended for us only. We don’t feel the need to justify the reason we made it. Anyone reading this who has been in a long term partnership understands that preserving the relationship is an ever-changing and challenging thing. It’s especially difficult when the lines between career and romance are as merged as ours are. The financial pressures that we’ve been under, which de facto extend into our extracurricular lives, created a circumstance in which we felt like we needed a bit of an escape from the day-to-day. So we turned on a camera, became naked, and had sex. We assumed that we were the only people who would be privy to that video. I guess we were naive. Now you have the option to be privy to that video. For us, that’s a shame. We feel like art is an act of generosity. The art we make for the public is for that expressed purpose. And now we’re in an awkward situation where the art that we made for us and us alone is being viewed by anyone who has the inclination to hit play — a true and humiliating blurring of the public and private.

Our tastes in the bedroom might seem uncommon to some, and possibly off-putting. But considering the variables that go into any sexual experience, wouldn’t anything seem uncommon, and possibly off-putting? This is our private life. And no one should have governance over what people do consensually in their private lives.

Just because we are public figures does not mean we asked for this. Like anyone, we still deserve to have a choice about what we share with the world. Today we no longer have that choice. But our hope is that you fundamentally understand that choice and you choose not to view a private act that was inadvertently made public. We hope you understand that this is not a delicious scandal. This is an exploitation.« 

Quelque temps après, ils décident de mettre en ligne la vidéo sur leur propre site Web. La nouvelle touche alors les médias américains qui en font l’écho.

Seulement, de plus en plus d’internautes reportent le fait que malgré leur achat, la sextape n’était pas du tout disponible. Ils se demandent dès lors si la sextape existe réellement.  Et en réalité, il s’agissait effectivement d’un coup marketing. Aucune somme d’argent ne sera débitée et il se targue d’avoir réalisé par cela une oeuvre d’art à la croisée entre intimité, médias et célébrité.

6. Love is dead : larguez qui vous voulez quand vous voulez.

Vous voulez larguer votre copin (e), mais vous ne voulez pas le faire vous-mêmes ? Le site Love is Dead est fait pour vous.

Le site se présente comme : « Love is Dead, c’est la séparation clef en main, la rupture professionnalisée et déléguée. La rupture formalisée contre la rupture naturelle et sauvage. Bref, la civilisation contre la barbarie ! Notre but but est d’utilité publique : sauver des personnes malheureuses, en souffrance ou simplement dans l’ennui. Nous leur apportons une chance unique : REVIVRE ! »

En réalité, ce site n’a été réalisé que pour faire la promotion du film Love is Dead.

5. Trolling Vegans Like A Boss

À l’instar des féministes, la communauté vegan devient de plus en plus structurée et importante. Il était donc normal de voir un artefact de communication ayant pour but d’activer ces communautés. Et celui-ci est l’oeuvre de Gourmet Burger Kitchen qui a sorti toute une campagne ciblant cette communauté de manière spécifique profitant du fait qu’en Angleterre se déroulait au mois de janvier le « Vegenuary Month », soit le mois des vegans.

Objectif atteint puisque les réseaux sociaux leur assureront la publicité nécessaire à leur campagne, puisqu’en plus des réseaux sociaux, la presse s’en est fait l’écho.

4. Poop with us : l’application de ramassage de crottes

« Faites caca avec nous, laissez quelqu’un d’autre nettoyer et revenez à ce qui compte vraiment – vous et votre chien ». Voilà le slogan d’une application Pooper.

Le but était essentiellement d’attirer le regard les médias afin de les berner.

Et de fait, l’initiative a fonctionné auprès de médias et d’utilisateurs. Le tout était pour moquer l’uberisation. Un canular qui n’a demandé que quelques dollars aux auteurs.

3. Le restaurant suisse qui propose du chat au menu.

Un restaurant suisse (La Table Suisse) a lancé une vidéo sur YouTube montrant qu’elle proposerait du chat au menu.

Le tout agrémenté et supporté par une prétendue étude qui dirait qu’environ 3 % des Suisses consommeraient discrètement du chat et du chien.

L’indignation fut collective en très peu de temps, des pétitions furent même lancées. Sauf que tout cela n’était qu’un fake assez facilement identifiable puisqu’aucune adresse, contact ou réseau social n’existait pour ce restaurant. L’initiative est en fait une opération menée par l’organisation Beyond Carnism plaidant que même si cela n’existait pas ici dans ce cas, des millions de restaurants de ce type existent.

2. Louise Delage, l’alcoolique sur Instagram

Un mystérieux compte, celui de Louise Delage, sévit sur Instagram. Sur chacune des photos très travaillées et toujours à la 3e personne, un verre d’alcool pas loin.

Et le succès est au rendez-vous puisque le profil disposait de plus de 11 000 followers sur Instagram. Cela finit par alerter un journaliste :

Au final, c’était un artefact de communication menée par BETC pour une association contre l’addiction à l’alcool :

La vidéo a été visualisée 281 000 fois depuis, assurément un grand succès.

1. The Lady ball : play like the lady you are

En Irlande, un nouveau produit sort dans la presse et les réseaux sociaux : une lady ball, un ballon spécialement conçu pour les femmes.

Le tout est présenté sous forme d’un site Web et sous forme de publicité dans les journaux papiers :

Il y a même une sponsorisation menée par Ger Brennan, joueur de football national du pays.

Le tout a bien évidemment choqué les réseaux sociaux dans la mesure où la panoplie du sexisme a été déployée.

En réalité, tout cela n’est qu’un hoax mené par la chaîne de distribution LIDL visant à supporter l’équipe féminine nationale de football.

Voilà qui est tout pour ce top artefact de l’année 2016 !