Les mémoires des crises 2.0 : 2016 (Décembre)

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Et voici pour le dernier mois de 2016, avec des crises à fort impact ou tout du moins intéressantes de par leur fonctionnement. On se donnera rendez-vous dès l’année prochaine pour continuer ce recensement !

97. Bagelstein

 

Lieu d’où survient la crise : Twitter

Lieu de mécontentement : Twitter
Niveau de crise : 1

Un faux courrier envoyé au groupe Collectif Féminismes de Rennes 2 se retrouve sur leur page Facebook :

Le mouvement commente sur Facebook :

On vient de relever notre courrier à la fac, quelle ne fut pas notre surprise d’y trouver une lettre de Bagelstein qui nous menace de poursuite judiciaire. C’est un peu tard pour que l’on y réagisse, mais nous espérons bien que « chaque homme vivant sur cette planète » n’est pas d’accord avec vous. Cette lettre montre encore une fois le mépris de cette enseigne envers les populations les plus fragiles : « Nous continuerons de critiques les femmes, les transgenres, les chômeurs, les alcooliques », mais cela ne nous étonne plus.

Continuez donc à trembler devant nous, pseudo féministes au comportement déviant !

Le tout est ensuite relayé sur Twitter :

L’affaire prend alors de l’ampleur sur Twitter :

Le tout n’était finalement… qu’un fake :

Enseignement :

La marque est tellement sexiste, que même un fake évident devient vraisemblable.

98. Fisher Price

Lieu d’où survient la crise : Twitter

Lieu de mécontentement : Twitter
Niveau de crise : 1

Un faux jouet Fisher Price circule sur les réseaux sociaux :

https://twitter.com/MateuilB/status/807101722887880704/photo/1?ref_src=twsrc%5Etfw

Postées au départ sur Instagram, beaucoup ont cru à un vrai jouet. Il n’en était rien.

Enseignement :

Le faux a de plus en plus d’importance.

99. Musée d’Orsay

Lieu d’où survient la crise : Facebook

Lieu de mécontentement : Twitter/Facebook
Niveau de crise : 1

Une enseignante va poster sa mésaventure avec ses étudiants lors d’une visite au musée d’Orsay :

« Aujourd’hui, c’était journée sortie scolaire dans un musée parisien avec mes élèves de Stains et aussi journée altercation, une de plus, avec le personnel de ces musées publics soi-disant en politique d’ouverture aux classes de ZEP… 
Ce n’est pas la première fois qu’on me signifie que la place de mes élèves n’est pas au musée. À Pompidou, par exemple, on m’avait suggéré que c’était à la piscine municipale que nous aurions dû aller. C’était déjà bien sale et pourtant, aujourd’hui, contre toute attente, le level d’indécence a été rehaussé…
Le délire commence au Musée d’Orsay lorsque je vois un surveillant de salle crier à mes élèves « Fermez vos gueules » en boucle, sans aucune raison. J’interviens, et là, à mon tour de me faire hurler dessus à renfort de grands gestes. Il me parle de respect en vociférant, en me tournant le dos… j’adopte la stratégie de la sagesse et reste calme pour lui expliquer qu’il devrait revoir sa définition du respect qui ne devrait inclure ni ses insultes, ni son agressivité. Il finit par partir, je me dis que l’incident est clôt. 
En réalité il est parti chercher du soutien auprès de sa collègue à qui il explique qu’il est impossible de parler avec moi parce que, je cite, « c’est quoi ces vêtements ? », « elle n’a aucune autorité sur ses élèves », « on ne sait même pas si c’est un homme ou une femme ». 
Ces propos tenus devant l’une de mes élèves n’ont pas du choquer sa collègue puisqu’elle a décidé de venir me hurler dessus à son tour pour m’expliquer que je ne sais pas faire mon travail et que le comportement de mes élèves est hautement problématique et que tous les clients du musée sont choqués. Je lui demande comment elle pourrait connaître l’opinion des clients du musée puisqu’il n’y a, à ce moment-là, que nous dans la salle et qu’elle vient d’arriver. Je lui montre mes élèves qui nous regardent, médusés, choqués et complètement silencieux. Mais rien n’y fait, elle continue de crier. Pendant ce temps, le premier surveillant prend mes élèves à partie et bouscule littéralement la professeur qui m’accompagne. Nos restons aussi calme que possible, mais leurs cris attirent d’autres surveillants de salle qui se mettent, à leur tour, à hurler sur mes élèves et moi-même. La situation devient délirante. Avec ma collègue, nous ne savons plus quoi dire, les élèves tentent d’intervenir pour nous défendre et là c’est le drame. Ils finissent par décider que nous devons partir et appellent la sécurité. Les élèves sont juste bouches bées, ils me regardent l’air ébahi, ils ne comprennent rien, moi non plus. Je décide d’ignorer la situation et leur dis de me suivre pour continuer la visite. Notre marche est silencieuse, pesante, les élèves osent à peine regarder les oeuvres ou prononcer un mot. Mais ce n’est toujours pas suffisant, les surveillants nous courent après, nous demandent de nous arrêter. Un de leur collègue intervient et tente d’apaiser la situation en proposant que nous continuions la visite dans le calme, mais non, ils insistent, hors de question que nous restions. Ils réclament des sanctions (lesquelles, on se le demande bien ??? Les élèves se moquent gentiment d’eux en proposant d’appeler la BAC). Il prétendent que mes élèves les ont agresser eux et tous les clients du musée. Si nous restons, ils arrêtent de travailler. Les élèves, épuisés par cette situation qui s’étire sur maintenant près d’une demi-heure, demandent à ce qu’on nous laisse tranquilles, une partie d’entre eux n’en peut plus et propose qu’on parte, mais d’autres refusent de « leur donner ce qu’ils veulent » et insistent pour rester. Nous finissons par nous extirper de la situation sur l’engagement de ne plus faire aucun bruit. Nous nous éloignons, changeons d’étage, les élèves sont des boules de nerfs, ma collègue n’en revient pas. Je propose aux élèves de se promener en autonomie sur un autre étage pour nous aérer l’esprit. Mais cinq minutes plus tard, ils reviennent vers ma collègue et moi en disant qu’on ne les laisse pas tranquilles, que dès qu’ils entrent dans une salle, ils sont suivis, engueulés pour… leur présence, sommés de quitter les salles, les unes après les autres. Nous voyons des groupes scolaires passer devant nous, faire du bruit, parler, s’exprimer, s’agiter sous les yeux de mes élèves mi-énervés mi-désabusés de remarquer que personne ne vient les reprendre, eux, qui sont majoritairement blancs, bourges, parisiens. Ils sont dégoutés, l’impression d’une énorme défaite de partir, de céder en leur donnant ce qu’ils attendaient : leur départ. Effectivement, nous nous en allons, exaspérés, en se racontant l’expérience vécue en boucle, à droite à gauche, comme pour reprendre un peu de prise sur ce délire totale et toutes les petites discussions aboutissent à la même conclusion : mes élèves n’ont rien fait si ce n’est être là où on ne veut pas les voir. On ne leur reprochait pas tellement de parler, puisqu’ils se taisaient, mais d’exister. On ne me reprochait pas tellement de m’énerver, puisque je restais calme, mais de prendre leur parti plutôt que de rejoindre le rang pour leur ordonner de disparaitre. La conclusion de mes élèves : première et dernière fois dans un musée, pour certains, première et dernière fois à Paris. Bravo, chapeau bas le Musée d’Orsay, félicitations Paris, performance réussie ! »

Le post va rassembler 10 000 likes, et plus de 5000 partages.

Le musée réagira : « Les agents mis en cause ont été interrogés ce samedi. Ils ont expliqué qu’ils n’avaient en aucun cas insulté les élèves. Mais qu’ils avaient simplement rappelé le règlement de visite à un groupe particulièrement bruyant ». Le groupe n’a, par ailleurs, pas été éconduit. Les élèves ont terminé leur visite

100. Auchan

Lieu d’où survient la crise : Twitter

Lieu de mécontentement : Twitter/Facebook
Niveau de crise : 3

Un tweet  d’un syndicat met en cause directement Auchan dans un drame humain.

Une des caissières d’Auchan a fait une fausse couche sur son lieu de travail. Celle-ci met en cause la direction d’Auchan à la fois sur le moment même, mais aussi pour l’avoir pénalisée par la suite. Le tout s’était rapidement emballé :

D’autant que la communication d’Auchan ne laissait que peu transparaître une quelconque empathie :

« Auchan City s’indigne de l’instrumentalisation calomnieuse de cette situation douloureuse par certaines organisations et d’allégations totalement infondées, comme le démontre tout examen sérieux des faits »

La crise fut bientôt commentée par de nombreux politiques et dura assez longtemps.

Enseignement :

  • Même s’il y a manipulation, il faut prendre connaissance du framing de la population pour axer au mieux sa communication.

101. Laforet

 

Lieu d’où survient la crise : Twitter

Lieu de mécontentement : Twitter/Facebook
Niveau de crise : 3

Dans une annonce du groupe Laforet, on voit une mention « pas de noir ».

Finalement, LaForet suspendra la licence du franchisé en parlant d’abord d’un cas isolé puis déclarera : « La gravité des faits nous conduit à suspendre à partir d’aujourd’hui ce contrat de franchise en attendant le résultat d’une enquête disciplinaire en cours ».

Au niveau des volumes, on restera dans quelque chose d’assez confidentiel :

Ce qui n’a pas empêché un certain nombre de sites d’actualité d’en faire l’écho.

Enseignement :

Cas typique de fait d’égalité reporté grâce aux réseaux sociaux

102. Absolut

Lieu d’où survient la crise : Offline

Lieu de mécontentement : Twitter
Niveau de crise : 3

Pour une de ses publicités, Absolut va détourner des images de la foule sud-coréenne en protestation contre leur présidente, Park Geun-Hye, accusée de corruption. La publicité, postée sur Facebook rassemblera beaucoup de commentaires négatifs de la part d’internautes.

Enseignement :

Le contexte est important dans la communication. Les images auxquels on s’associe aussi.

Voilà, et comme chaque année, je me suis égaré dans la comptabilité. Il y a bien eu 104 crises qui sont toutes recensées dans les mémoires des crises 2.0.