Le déroulement du mouvement de foule de la Rue Neuve (Bruxelles) sur Twitter

Il y a peu j’avais retracé le mouvement de foule de Juan-les-Pins sous le prisme de Twitter. Ce 6 janvier, nous avons eu un autre mouvement de foule à Bruxelles. L’occasion d’observer les similitudes ou différences entre les deux phénomènes, sachant que le public belge n’est pas aussi « Twittoliky » que le public français.

I. Le récit

Le premier tweet du mouvement de foule est celui d’un journaliste bruxellois annonçant uniquement un mouvement de foule : (à la différence de Juan-les-Pins où l’on annonçait un attentat)

Le deuxième tweet provient également d’un journaliste qui parle de panique :

Vient directement le temps des questions :

L’incompréhension des passants se matérialise sous forme de tweets :

Puis vient une première qualification d’origine du mouvement de foule :

Rapidement, cela crée des questionnements :

Et un scénario peut être monté, parlant de « tireur fou », confirmé par des éléments extérieurs (présence d’un hélicoptère sur les lieux) :

Interviennent les personnes extérieures qui ne sont pas sur les lieux :

Le City 2 est alors évacué :

L’incompréhension est totale :

Les premières mises en garde sont effectuées :

 

Le premier média est alerté :

Et finalement, l’infirmation survient :

Cependant, celle-ci n’atteint pas encore tous les réseaux :

D’autres n’ont aucune idée de ce qu’il s’est passé :

Le Soir est alors le premier média à donner le portrait complet :

Vient alors le temps des commentaires et des gens qui se demandent ce qu’il se passe :

Ça n’arrête d’ailleurs pas les rumeurs :

Y compris pour des articles mentionnant des tirs alors que la rumeur a été infirmée :

Les autorités communiqueront également :

Mais là encore, cela ne calmera pas tout le monde ni les rumeurs :

Finalement, une cellule médicale fut mise en place, et les tweets ne sont presque plus que des tweets provenant de média infirmant la rumeur.

II. Analyse

  1. L’analyse de la rumeur vs infirmation

J’ai catégorisé tous les tweets en 4 grandes typologies :

  • Rumeur
  • Infirmation
  • Commentaires
  • Questionnement

J’ai ensuite retracé la courbe de la rumeur vs l’infirmation :

On remarque que l’infirmation à la rumeur arrive assez tôt (Il faut rajouter une heure pour les vraies heures), mais que celle-ci met plus de 1h45 avant de vaincre la rumeur. Et qu’il y a encore des réminiscences de rumeurs sous forme de retweets qui surgissent par la suite. Si on enlève les retweets de l’équation, on remarque que la rumeur est vaincue bien plus rapidement. (30 minutes) Remarquons également que la courbe des questionnements suit encore largement celle de l’infirmation, signe que malgré les infirmations, il reste des personnes dans le doute et attendant des réponses.

Cela montre pour les autorités et les médias qu’il ne suffit pas uniquement d’infirmer une rumeur. Il faut également monitorer et répondre aux gens qui se posent des questions.

2. Analyse SNA

Ce sont bien entendu les médias et autorités qui ont été le plus relayé :

Problème, de nombreux médias ont relayé le mouvement de foule sans en donner la clef de solution. (À la différence du Soir)

III. Conclusion

On peut reprendre des éléments de l’analyse du mouvement de foule de Juan-les-Pins :

  1. Sur Twitter, il y a toujours un fond de vérité au départ de la rumeur. Un pétard, un mouvement de foule, un attroupement de policiers, etc. Ce fond de vérité va permettre de confirmer la rumeur grâce à des acteurs sur place qui diront aux gens non présents sur les lieux qu’il se passe effectivement quelque chose.Dans ce cas, ce fut le cas puisqu’il y a vraiment eu de nombreux témoignages et qu’il se passait effectivement quelque chose.
  2. La rumeur est ensuite propagée par des acteurs qui ne sont pas sur place. Des questionnements de gens absents se demandant ce qui se passe, des « journalistes-Twitter », des messages de prévention qui invitent les gens à rester chez eux. IciIci encore, des proches pas sur place demandant des informations sur Twitter, des questionnements qui propagent la rumeur, etc. On a encore eu des comptes « Twitter info » qui se contentent de relayer qu’il se passe quelque chose, mais sans donner d’information, car ils ne sont pas sur place.
  3. La rumeur aura alors toujours une modification, un détournement. Un pétard devient une explosion, puis une fusillade. Un attroupement de CRS devient une prise d’otage, etc.De même, on a entendu des fusillades, une bombe, un tueur fou, etc.
  4. La rumeur est confirmée par des éléments extérieurs. (Police sur place, hélicoptère dans le ciel, fermeture de magasin, etc.)
  5. Une fois que l’infirmation de la rumeur est confirmée, cette dernière s’éteint rapidement. 

    De fait elle s’éteint. Mais 1h45 après si l’on prend en compte les retweets et seulement 30 minutes pour les tweets normaux. Cela montre la logique de timeline et de communautarisation de l’information. Se dire que l’on est un média ou une autorité n’est pas suffisant pour couper court à la rumeur.

  6. L’infirmation de la rumeur est toujours plus visible que la rumeur elle-même. Parce que les acteurs de l’infirmation ont toujours plus de visibilité (médias, autorité) que les acteurs propageant la rumeur. Cependant, le problème est que cette visibilité ne touche pas toujours les acteurs qui sont en possession d’une fausse information. En effet, les communautés des acteurs sont différentes.