Comment se mobilisent les deux clans américains autour du débat Hillary-Trump ?

Bien habitué des mobilisations politiques autour des débats politiques, je n’avais encore jamais analysé les mouvements militants aux Etats-Unis. Le débat entre Trump et Hillary m’offrait une opportunité en or de remédier à ce manquement. Analyse via Visibrain.

I. En amont

Au moment de l' »apéro », tout le monde est déjà en place autour de son propre camps :

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Il est intéressant de voir deux masses formées autour des deux politiques. La troisième communauté est une communauté autour de Bernie Sanders qui n’a jamais accepté la défaite de celui-ci au profit de Clinton. Un des points instructifs de la cartographie est le fait que les deux protagonistes se retrouvent au centre, ce qui montre qu’ils sont communs à toutes les communautés. Cette situation est totalement différente par rapport aux débats français où certes l’homme politique se retrouve un peu au centre, mais toujours au sein de sa propre communauté comme le prouve cette dernière cartographie de Sarkozy à l’Emission Politique :

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Cela montre que dans cette phase, les militants sont davantage dans le bashing de l’homme politique adverse, que dans la promotion de son candidat.  (On verra par la suite que cela rentrera dans l’ordre)

Dans chaque camp, on introduit le débat et on cherche à mobiliser autour d’une démarche très « productive », c’est-à-dire : la fabrique du bruit.

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« It must spread » :

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Du côté de Trump, cette logique de production s’active autour de communautés très denses (nourries par le mass following) très facilement identifiable parce qu’ils arborent tous le « Deplorable », soit la formule de Clinton pour qualifier les gens qui votent pour Trump. (A noter qu’en France, on retrouve aussi une communauté mass-following avec branding NS2016 chez Sarkozy) Cette mobilisation passe de façon assez maligne et astucieuse autour de hashtags, et d’élements de langage commun.(Killary, etc.) Ces hashtags sont donnés par des ponts de réseau qui le spam de multiples fois :

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Cette stratégie a pour but de placer des hashtags politiques en trending topic. Ces hashtags sont d’ailleurs une marque de fabrique des supporters de Trump puisque voici la courbe de certaines de leur tendances :

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On voit également la force des images utilisées pour décrédibiliser l’adversaire.

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On trouve également des robots facilement identifiables.

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D’autres bots sont réglés via le service IFFT (Service de bot pour automatiser des processus) pour retweeter toute une série de comptes :

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Dans les plus actifs, la plus active est une pro-Hillary. Tout le reste est pour Trump avec deux exceptions : un compte pour Bernie Sanders, et un compte pour Gary Johnson, le candidat libertarien.

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Juste avant le débat, chacun va lancer ses vidéos et tweets d’attaque. Du côté de Trump, on décide de publier une vidéo d’attaque sur Hillary Clinton. On y voit ses principaux problèmes exposés :

Du côté d’Hillary, on est plutôt dans le positif :

II. Pendant le débat

Ensuite, comme dans chaque débat politique, le nombre de tweets va monter crescendo pour atteindre son rythme de croisière :

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Seul Trump influencera les courbes durant le débat. Cette croisière est rythmée par essentiellement deux choses :

  • Les punchlines

  • Les fact-checking en temps réel

 

On voit également que Trump a totalement pris le devant des mentions durant le débat, signe qu’il cristallise beaucoup les conversations.

III. Après le débat

Il s’agit alors après le débat de refaire le match en appuyant sur les éléments qui expliquent l’une ou l’autre défaite. On assomme aussi l’adversaire en proposant des vidéos déjà prévues :

Les éléments principaux qui expliquent la victoire d’Hillary sont les interruptions de Trump :

Et le sourire d’Hillary :

Tandis que les pro-Hillary assomment Trump, les supporters de ce dernier vont alors se lancer dans un autre enjeu du débat : faire croire que le candidat Trump a gagné. Cela peut paraître assez puéril, mais il faut savoir que pour les indécis, le jeu du « bandwagon effect », soit le fait de suivre une majorité, est vraiment très important. Il faut alors faire croire que l’on a gagné et que le sondage de CNN est du vent. Parmi ses supporters, on va alors voir tous les sondages en ligne être tweetés :

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D’ailleurs, le sondage du Time était revenu à du 50/50 par la suite. Même pour Trump, il s’agit d’un élément important :

Même des « vrais sondages » sont mis en place :

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Enseignements

Le débat, un must communicationnel

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Il suffit de regarder les courbes des tweets pour se rendre compte qu’il s’agit d’un événement très important. De plus, sur la cartographie de l’avant débat jusqu’à 15h30 et en enlevant les personnes avec moins de 3 interactions avec les autres, on voit une grande part d’isolés dans les débats :

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Cela signifie qu’il n’y a pas que des convaincus qui échangent sur les réseaux sociaux durant le débat. Cela montre un enjeu. De plus, on voyait bien avant les débats une communauté autour de Bernie Sanders dont on sait qu’elle est un enjeu pour les deux camps.  La cartographie montre également qu’après les périodes de joutes oratoires contre le candidat adverse, les politiques sont bien au centre de leur propre communauté ce qui montre que pendant le débat, on supporte son poulain. (Ce qui confirme la situation vue en France)

2 tendances : le fact-checking et la vidéo

Des conversations, on peut se rendre de deux tendances :

  • Celle du fact-checking en temps réel qui n’en est plus vraiment une mais qui se confirme. Chaque camp dispose d’une unité de fact-checking qui va analyser en temps réel les propos du candidat adverse. Ca demande une organisation et du matériel préparé en amont.
  • Celle de la vidéo. Déjà connu des professionnels des réseaux sociaux et du marketing, l’utilisation de la vidéo est en plein boom. Ancienne vidéo qui montre une discordance entre le passé et le présent, vidéo courte d’une intervention tenue il y a quelques minutes, vidéo pour discrédité; le chiffre est lancé : 5.9 % des tweets durant le débat était une vidéo. Plus d’un tweet sur 20 ! 

Cela montre que les prochaines équipes de campagne auront deux teams à recruter : une de montage vidéo et une de fact-checking.

L’influence en ligne, on y est !

L’enjeu autour des sondages donnant le gagnant est absolument énorme. Les supporters se les partagent pour montrer que son poulain à gagner. Les hashtags anti-Hillary, les hashtags de promotion (The Trump Train), et même les hashtags de victoire : tout est fait pour jouer sur le bandwagon effect.  D’ailleurs, sur le Web, Donald Trump est le vrai gagnant….

…. de l’astroturfing !