Attentats de Bruxelles : et si on arrêtait de faire de la communication politique ?

Face à la tragédie des événements, les faits se succèdent pour nous montrer que les politiques ne prennent pas la mesure de ce qui se passe et se contentent des petits jeux habituels. Ce faisant, il privilégie la bataille de l’élection, à la guerre contre le terrorisme.

Acte I. Charles Michel, terré en position assise dans un bunker,  annonce qu’il s’est passé « ce qu’il redoutait »

22 mars, la Belgique vient de subir un attentat avec de nombreux morts. Charles Michel, son Premier ministre organise une conférence de presse. En France, les premiers mots auraient été de déclarer que nous étions en guerre. En Belgique, on commence en disant qu’il est arrivé « ce que l’on redoutait ». Impuissance  répétée par le fait d’organiser cette conférence dans un lieu surnommé par tous comme « Le Bunker ». Là, dans ce lieu situé dans les sous-sols du 16 rue de la loi, avec un plan statique et serré, on a attroupé comme des pingouins, tous ceux qui gèrent l’état. Si une autre attaque se déroulait en Belgique à ce moment-là, aucun exécutif n’était présent pour gérer la situation.

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Tout cela pour avoir le plaisir de voir Jan Jambon se frotter le nez et ne pas savoir où fixer son regard tandis que Frédéric Van Leeuw, le Procureur fédéral, garde la tête basse rivé sur son carnet. L’image est catastrophique. Comme si politiquement, il fallait que tout le monde, du ministre de la Justice à la ministre des Transports viennent avoir son moment de visibilité.

En France et aux USA, on a choisi les mêmes images qui ont fait leurs preuves. Un président s’avance, debout et déclare la guerre ouverte avant de repartir vers les coulisses.

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En Belgique, on est assis, on a pas de leader, et on nomme un juge d’instruction. Parce qu’il faut contenter tous les politiques et leurs petits caprices de présence médiatique, on flingue donc sa communication de crise au profit d’une communication politique classique qui sent le souffre.

Acte II. On rouvre les gares, mais avec des contrôles.

L’idée du siècle. Impossible qu’elle provienne d’un acteur de la sécurité ou de l’urgence tant elle est d’un amateurisme qui suinte le politicien à des kilomètres. On rouvre les gares, mais on réalise des contrôles à l’entrée. Outre le fait que les contrôles sont uniquement tenus dans des endroits précis, laissant des trous de sécurité aussi énorme que ceux du budget, on crée un véritable danger. Seule la communication politique est en place : « pourvu que les gens se sentent en sécurité ». Car pour information, des simulations d’attaques dans des files ont été testées et simulées en préparation de la COP21 et le sont encore pour l’Euro en France. Signe que le danger est réel. Qu’importe, pourvu que les citoyens croient que leur sécurité est assurée.

Ou un petit périscope du chaos : https://www.periscope.tv/w/1lDxLwdQywbJm

Acte III. Et si on ne mouillait pas un retraité de la politique ?

Sortie médiatique de Vanhengel, qui décide de cibler un nouveau coupable derrière les attentats : Freddy Thielemans. L’ancien bourgmestre de Bruxelles retraité avait qualifié l’utilisation de kalachnikov contre des policiers de « fait divers, certes grave, mais propre à une grande ville. » Là c’est sûr. On fait avancer les choses. Ramener les déclarations d’entre-les-morts d’un bourgmestre aujourd’hui retraité. La Belgique va assurément de l’avant. Une fois encore, la communication politique a pour but d’entraîner le PS dans la boue, la manœuvre ayant bien fonctionné avec Moureaux.

Acte IV. Benoit Lutgen, pas de jeux politiciens, mais acceptez les textes du CDH.

Benoit Lutgen, l’homme au pin’s du drapeau belge, a eu droit à deux apparitions TV sur la RTBF durant les attentats. Dans les deux, le même discours standardisé et conçu avec son communicant avec exactement les mêmes phrases, également relayées sur Twitter. Le CDH a demandé une commission d’enquête il y a deux ans. Le gouvernement le voit enfin.

Il faut arrêter les jeux politiciens et signer tous les textes du CDH.

Et manifestement, on a eu le même jeu sur RTL.

Ce faisant, il s’inscrit précisément dans le jeu politique. Toute la communication de l’union nationale n’est donc qu’une posture sémantique. Parce que dans les faits, la communication politique fonctionne à plein régime.

Acte V. Qui veut ma démission ?

24 mars, la classe politique belge s’apprête à vivre le moment d’homme aux victimes. Quelques minutes à peine avant celui-ci, l’information tombe : le ministre de l’Intérieur aurait proposé sa démission au Premier ministre qui l’aurait refusé. Stupeur dans les médias. 2 minutes à peine avant la première annonce, on apprend que le ministre de la Justice aurait également fait de même, pour le même résultat. De là, il y a deux choses possibles :

  • C’est un jeu de passe-passe qui a pour but de mener une communication de dramatisation : la situation est grave. Ou tout du moins une possibilité d’éluder la question de la démission, dans un pays qui a connu à chaque grande crise (Heyzel, Dutroux) des démissions.
  • C’est une démarche tout à fait spontanée. Mais alors comment diable arrive-t-elle à fuiter alors que cela s’est passé dans le lieu clos du KERN où seuls le Premier ministre et les vice-premiers ministres sont présents ? Comment se fait-il que cela n’ait pas été remis au roi ? C’est bien qu’il y a une volonté de communication politique.

Au-delà, de ce simple constat, le fait qu’alors que le pays vit un drame et que l’on attend des capitaines pour piloter l’état, l’annonce de la demande d’« abandon » n’est qu’une énième preuve que les jeux politiciens sont partout. À travers cela, on flingue l’hommage aux victimes.

Acte VI. Jan Jambon est dans la place

Scène de chaos à Meiser, à deux pas de la RTBF. On a quelqu’un qui est neutralisé, on démine, et ça bouge de partout. Pendant ce temps-là, Jan Jambon est dans sa war room :

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Au parlement. Comme s’il n’y avait que la politique, que son discours changerait le cours des choses. Signe qu’il n’est déjà plus aux affaires et que son éviction est programmée.

Acte VII. Ecolo aussi est dans la place

Pendant ce temps, Georges Gilkinet et les écolos sont aussi dans la place !!

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Préférant à la sobriété et le live-tweet, la promotion politique, cela semble tout de même assez indécent et pas à la hauteur des enjeux.

Conclusion

Voici les 7 actes des communications politiques depuis les attentats. Un gigantesque théâtre où on joue à des querelles politiciennes et où on applique les « recettes à papa » de la communication politique, comme si on était dans un énième -gate.

Que reste-t-il aujourd’hui de la vidéo de promotion de Bruxelles ? des cabines téléphoniques disséminées partout dans la ville ? Des déclarations de novembre durant le lockdown ? Envolés, parce que tous ces actes sont des gesticulations politiques sans stratégies.

Nos politiciens ne semblent pas en guerre contre le terrorisme, il semble sur la bataille de l’élection. Le logiciel de la communication politique doit être changé au profit d’un logiciel de communication de crise où l’on prend la mesure de ce qui est en jeu. En tant que citoyen, je trouve qu’on mérite plus que ce petit jeu de rôle.