Il y a quelque chose de pourri au royaume de l’e-réputation

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La veille que j’effectue tous les jours sur les réseaux sociaux me pousse à veiller sur le concept d’e-réputation. Je l’utilise d’ailleurs moi-même dans le titre de ce blog (je vais bientôt rétablir cette erreur de positionnement) et force est de constater qu’au fur et à mesure du temps, ce terme se vide de son sens, mais pas uniquement.

Son problème principal est que le monde qui gravite autour est un monde de merde, peuplé de charlatans en tout genre. Cette semaine a d’ailleurs été riche en illustration en la matière. Retour sur quelques illustrations de cet état de fait.

L’agence CSV

Le 9 janvier parait dans le Huffingtonpost un article à chier : « les aléas de l’e-réputation : quand un bad buzz détruit tout sur son passage « . Un article sponsorisé à souhait où la solution la plus efficace serait le nettoyage ( oh ca alors , c’est justement écrit par une agence de « nettoyage ») , qui profite, bien entendu du créneau offert par l’exemple de Numéricable alors qu’il s’agit d’une opération de « faux » bad buzz. Un article qui vogue sans cesse entre personne et entreprise pour choper tous les positionnements possibles et où l’on n’oublie pas de citer le plus de fois possible les mots « réputation » et « e-réputation », histoire de choper un bon backlink bien utile.

Je fustige déjà cela sur Twitter et sur Google +. Aujourd’hui, je découvre une autre affaire. Voulant se venger d’une blogueuse, le directeur de l’agence Alexandre Chombeau paie des internautes grâce à la plateforme Amazon Mechanical Turk pour que le terme « malhonnête » soit associé au nom de celle-ci, Sophie Gourion.( plus d’informations ici)

Cela ne serait pas lui qui aurait fait la demande. La coïncidence est néanmoins extrêmement bizarre.

Citoyens , tremblez, si vous n’avez pas de logiciel de veille, vous êtes foutus

Ici je vous propose de lire l’article suivant intitulé Gestion de crise sur les médias sociaux : mieux vaut prévenir que guérir

Procédé classique de l’article parlant de bad buzz, on fait appel aux anciens cas à savoir La Redoute, Barilla et Numéricable, soit trois crisounettes ( on a échappé à l’écureuil)

On cite ensuite une étude que je vous propose de lire . ( ce que, si vous avez lu l’article, vous n’avez certainement pas fait) 

Ce faisant, vous allez remarquer une chose: cette étude parle des crises « normales » et de leur éventuelle propagation sur les réseaux sociaux, pas des bad buz.

De plus,

  • L’étude n’est pas française, mais internationale, elle est donc sujette à des fluctuations. Ainsi , sachez qu’à proportion égale d’habitants, le nombre de Bad Buzz en France est considérablement plus élevé qu’en Belgique.
  • L’étude est effectuée par une entreprise qui fournit des services de management de crise. Un peu comme les études sur les toute-boîte qui promettent des taux de lectures incroyables!

Pourtant, tout est bon pour parler de Buzz dévastateurs, de marques non prêtes, et de veille hors du commun qui permettent de choper les signaux faibles à temps.

Les études à 2 francs 50

Aujourd’hui, tout le monde produit sa propre étude avec un échantillon obscure, non accessible par le public.(l’étude plus haut ne met pas à disposition les échantillons et chiffres bruts.)

Mais là n’est pas le plus grave, ce qui est le plus grave, c’est qu’aujourd’hui, plus personne ne vérifie les sources et la véracité des propos exprimés. Ainsi, aujourd’hui circulait une étude comme quoi Facebook allait perdre 85% entre 2015-2017 .

Personne ne comprend l’algorithme utilisé et donc la méthode, mais l’information est partagée.

Les campagnes actuelles me font croire que l’on est de retour en 2006

Microsoft vient de se faire prendre pour l’utilisation d’un procédé de monétisation d’influenceur YouTube. Le but est de payer des Youtubers pour qu’ils mettent 30 secondes de gameplay XBoX via un tag spécial : XB1M13. Ces procédés rappellent leur concurrent Sony en 2006 .

La DH, quotidien belge, vient de lancer sa radio ( en fait changer le nom d’une radio qui leur appartenait et déguiser le tout en nouveau lancement) . Pour en assurer sa promotion, ils ont fait des campagnes hyper personnalisées en visant les « fans » d’autres radios concurrentes. Résultat ? Des commentaires acides et contre-productifs.

Mais lorsqu’on ne pense qu’à l’awareness ( peut-être à raison) , cela n’a que très peu d’importance.

Conclusions

Articles sans fondement qui acquièrent une visibilité grâce aux sites d’information comme Les Echos ou le Huffington Post , pratiques nauséabondes, campagnes de communication sans éthique, études à la méthodologie discutable, promotion du nettoyage inefficace. Que reste-t-il finalement derrière le mot e-réputation ? Ce mot n’inspirera bientôt plus que le dégoût et sera bientôt ( si ce n’est pas déjà le cas) un synonyme du mot charlatan.

À moins que les gens qui font leur métier consciencieusement ne puissent inverser la tendance. Je suis néanmoins très pessimiste quant à cet espoir.

 Update du 18 mars

L’article sponsorisé

La pratique absolue pour tout apprenti CEO d’une PME obscure ayant pour business model le SEO ou l’e-réputation consiste à aller pondre un article à but SEO ou de notoriété sur un site ouvert à tous comme l’Huffington Post ou Les Echos. La technique a été utilisée par Alexandre Chombeau , décrit plus haut.

Samedi, je tombe sur un article de Les Echos frôlant le néant absolu dans le contenu. Morceaux choisis :

  • « On parle de plus en plus de l’e-réputation » : Cela fait juste 2 ans qu’on est arrivé au pic de notoriété.
  •  » L’entreprise qui a le plus de succès n’est pas celle qui a le meilleur service/produit, mais celle en qui le client/consommateur a le plus confiance. » : comme si le meilleur service/produit ne gênerait pas de la confiance.
  • « La confiance passe en effet par un spectre internet positif » : depuis 2011, cet article scientifique prouve le contraire, trop de positif contribue à la non-confiance

Le reste n’est pas plus important, cela représente même de la non-information qui contribue à pouvoir dire que l’intérêt de l’article est nul.

Mais un mauvais article, ou un inintéressant article n’est pas un mal en soi. Le vrai mal, c’est la dissémination à travers l’espace entier du web comme quelqu’un qui voudrait étendre sa semence au web entier. Et là , on est plutôt pas mal servi:

Screenshoot Google charlatan

Nous avons  donc:

Les Echos

E-marketing.fr

Chef d’entreprise.com ( la plus vieille source, datant de 22 jours)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Est-ce que ces sites reçoivent de l’argent pour laisser des articles aussi insipides et vides de sens?

Si non, est-ce que cela ne les gêne pas de voir le même article sur plusieurs sites ? Est-ce que cela ne les gêne pas de publier un article qui est disponible depuis presque un mois ailleurs ?

L’e-réputation, est en tout cas un terme définitivement utilisé par des personnes à l’éthique louche.