Alors on le lâche ce E de E-réputation ?

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Définitions

Au-delà du fait que chacun d’entre nous doit avoir sa propre définition de l’e-réputation, pour comprendre la suite de mon raisonnement, il faut que je vous montre ce qu’est pour moi l’e-réputation.

Il y a maintenant 4 ans, le blog caddereputation recensait quelques définitions de l’e-réputation.[1]

Parmi celles-ci : Christophe Deschamps parle de la composition de l’e-réputation ; pour lui, « L’e-réputation d’une organisation est composée des données explicites et implicites sur le Web »

Ange Pozzo di Borgo du blog du Concepteur Rédacteur[2] parle, quant à lui, de visibilité de la marque à l’aide de contenus pertinents dans une définition qui selon moi tient plus du search engine optimization que de la réputation ;

pour Christophe Thill, de l’agence Blueboat, l’e-réputation est « composée par l’image (subjective) que renvoie à un internaute l’ensemble des contenus qui lui sont accessibles en ligne, en rapport avec la marque » ;

d’autres suivent une tout autre voie comme Loïc Moisant de Synthesio qui parle de « suivi des discussions en ligne » ou Cédric Deniau pour qui « l‘e-réputation est la gestion de sa réputation en ligne » ; enfin, quelques intervenants lient l’e-réputation aussi bien aux entreprises qu’aux personnes.

J’ai aussi trouvé d’autres définitions parmi lesquels, Haas, société d’avocat, qui définit l’e-réputation comme: « la projection digitale de la réputation d’une personne, d’une marque, d’un produit ou d’un service, telle qu’elle est perçue par les internautes ET gestion de cette image numérique. »[3]

Xavier de Mazenod et François Bernard Huygue la définissent eux comme « l’image et la notoriété d’un individu ou d’une personne morale sur l’Internet. C’est-a-dire sur le Web, mais aussi dans les réseaux sociaux ou sur les forums, dans toute son « écosphère relationnelle » en ligne. » [4]

Enfin, j’ai consulté les définitions de l’e-réputation dans la littérature grise sur le sujet. La définition de l’e-réputation d’Alexis Baguas se rapproche de celle de la réputation : « la perception/opinion que l’on se fait d’un individu, d’une marque ou d’une entreprise à partir de son identité numérique »[5]. Quant à Eva Koczorowski [6]et Edwin Stephenson[7], bien que faisant un mémoire sur le sujet, ils ne se sont pas risqués à donner leur propre définition.

Ce qui me frappe à la lecture de ces différentes définitions, c’est que l’on parle beaucoup plus de quoi l’e-réputation est composée que de sa définition.

En outre, le fait que l’e-réputation soit définie à plusieurs reprises comme étant la gestion de ce qu’elle est censée définir me pose un problème.

Enfin, je note le fait que l’e-réputation concerne aussi bien les personnes que les entreprises dans la mesure où l’on constate cette égalité dans la définition de la réputation. Et pour cause, si l’on parle beaucoup de composantes de l’e-réputation, c’est, selon moi, parce que l’e-réputation n’est qu’une composante de la réputation. Ce vocable s’est créé plus par le besoin de montrer la spécificité de la réputation en ligne que pour se démarquer de la réputation. Comme le souligne Fred Cavazza, « il n’y a pas de t-réputation pour la TV ou de r-réputation pour la radio. »[8]

Il me semble également erroné d’utiliser le terme e-réputation pour définir la gestion de celle-ci ; jamais un terme n’est utilisé à la fois pour se définir et pour définir sa gestion.

Si je devais donner une définition de l’e-réputation, ce serait donc celle-ci :

L’e-réputation est la composante de la réputation qui correspond à l’opinion que l’on se fait d’un individu, d’un groupe, d’une organisation ou d’une entreprise à partir de l’ensemble des contenus positifs ou négatifs, présents sur le World Wide Web.

Utilisation

Alors, est ce qu’on devrait garder le e à e-réputation?  Tout dépend de son utilisation.

  • Si l’on en parle pour sa gestion: oui, on peut parler de la gestion de l’e-réputation, comme le fait de gérer l’ensemble des présences de contenus en ligne afin d’influencer l’opinion. Son utilisation est donc bonne, puisque le mot est plus qualifiant dans le sens où celui-ci donne un sens de plus au simple mot réputation.
  • Si l’on parle d’un actif de l’entreprise: oui, on peut en parler comme d’un actif qui serait une composante du plus gros actif nommé réputation.
  • Si l’on parle du mot en tant que tel: non, car ce mot ne veut rien dire. Un quidam, un client, ou autre ne dira jamais : « l’e-réputation que j’ai de la marque X est que « . Il n’y a pas de frontière entre le offline et le online, les deux sont conjugués. Dès lors, il faut couper le e- car il n’a aucun sens
  • Pour tout autre chose où l’on pourrait remplacer le mot par e-penis et que cela a du sens: du style:  » Le classement des e-penis montre que Danone a un plus grand e-penis que GDF  » ,  » Dis, il mesure combien ton e-penis » ,  » nous allons vous montrer comment augmenter votre e-penis » ,  » Découvrez les 5 meilleures moyens de booster votre e-epenis »: Non et si vous voyez quelqu’un utiliser ce mot là dans ce sens: fuyez loin de ces pseudo-consultants, considérez ces charlatans comme des publicités pour Viagra trafiquées.

Egalement, deux remarques:

  • La phrase : » il n’y a pas de t-réputation pour la tv ou de r-réputation pour la radio  » n’est pas totalement exacte. Comme je l’ai écrit dans mon article précédent, ces deux médias ne permettaient pas d’avoir une trace physique des opinions du public par rapport à une marque. Il n’y a donc pas de t-réputation pour la simple raison que la t-réputation n’est pas une chose matérielle et donc caractérisable ce qui est le cas pour l’e-réputation. Il n’y avait donc pas de raison de créer un mot spécial pour définir quelque chose puisque ce quelque chose n’aurait pas pu être définissable ni caractérisable.
  • J’utilise personnellement le mot e-réputation dans mon titre « la gestion de crise de l’e-réputation » pour la simple raison que je considère que j’analyse les crises qui font que l’opinion « que l’on se fait d’un individu, d’un groupe, d’une organisation ou d’une entreprise à partir de l’ensemble des contenus positifs ou négatifs, présents sur le World Wide Web. » est dans une phase de transition à la suite d’un événement. De ce fait, la gestion de cette crise est différente d’une crise de réputation normale. C’est la raison pour laquelle j’ai préféré garder le terme e-réputation.

Composantes de l’image de l’e-réputation

A la manière dont j’avais parlé des différentes composantes de l’image de la réputation, Camille Alloing a fait une typologie que je trouve assez intéressante sur les trois types d’images de l’e-réputation[9]

  • L’image actée : une image commune que l’entreprise à l’habitude de côtoyer et qu’elle ne souhaite pas remettre en cause.
  • L’image fuie : une image que l’entreprise ne souhaite pas voir ou avoir.
  • L’image voulue : une image que l’entreprise souhaite avoir.

Cette typologie rejoint ce que j’évoquais comme opportunité dans mon article sur « au fond, pourquoi parles-t-on d’e-réputation? », à savoir que les entreprises peuvent désormais réguler leur réputation.

Ceci clôt ainsi la première semaine de ce blog. Les articles seront maintenant postés sous une base hebdomadaire :  les lundi, les articles théoriques et le vendredi, les différents cas qui forment mon échantillon ainsi que leur différents enseignements toujours une heure fixe située pendant l’heure du midi.

Sources utilisées pour cette article:

[1] http://caddereputation.over-blog.com/pages/Definitions_de_lereputation-1463255.html

[2] http://www.concepteur-redacteur-blog.com/

[3] Hass. Les règles juridiques à connaître en 2012 avant le lancement de vos campagnes d’é-marketing. 2012. Print.

[4] De Mazenod, Xavier and François Bernard Huygue. Influence et réputation sur l’Internet. Adverbe, 2011. 72. Print.

[5] Baugas, Alexis. « En quoi la gestion de l’E-réputation est-elle devenue un facteur de réussite primordiale pour nos entreprises ? » Diss. IDRAC Montpellier, 2011. 57. Print.

[6] Koczorowski, Eva. « L’atteinte à la réputation sur Internet: problématique juridique et stratégie de comunication en ligne. » Université Paris I Panthéon-Sorbonne, 2009. Print.

[7] Stephenson, Edwin. « Le Web en temps réel et la réputation numérique des marques. » Diss. Sup de Pub, 2010. Print.

[8] http://caddereputation.over-blog.com/pages/Definitions_de_lereputation-1463255.html

[9] http://caddereputation.over-blog.com/article-l-e-reputation-seulement-une-question-d-image-voulue-88685765.html